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"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

La saison classique en France

« Préserver le patrimoine ne signifie pas le plonger dans la naphtaline »

« Préserver le patrimoine ne signifie pas le plonger dans la naphtaline » - Critique sortie

Publié le 2 octobre 2009

Ministre de la culture de 2002 à 2004, Jean-Jacques Aillagon est aujourd’hui président du château de Versailles, dont la programmation musicale s’avère particulièrement riche cette saison avec la réouverture de l’Opéra Royal. Il nous explique sa vision de ce lieu historique et plus globalement de la politique et de l’économie de la culture. Jean-Jacques Aillagon est également président de l’orchestre « Les Dissonances » de David Grimal.

« Le véritable défi, c’est de ne pas laisser la culture se superficialiser dans le registre de l’événementiel et du divertissement. La culture doit rester une réalité profonde et enracinée. »
 
Quelles sont les conséquences de la crise économique et financière pour le château de Versailles ?
 
Jean-Jacques Aillagon : Après un début d’année difficile, pour des raisons climatiques, la fréquentation du Château a atteint de très bons résultats pendant la saison estivale. Nous avons enregistré une hausse de 5 % de fréquentation en juillet et de 30 % en août par rapport à l’été 2008, soit plus de 805 000 visiteurs contre 780 000 l’année dernière. Si la fréquentation du château n’a pas souffert de la crise, le mécénat a, en revanche, connu une période de ralentissement au cours du premier trimestre. Les chefs d’entreprises ayant d’autres préoccupations, nous avons restreint nos demandes. On note toutefois une reprise depuis quelques mois.
 
Cette saison est marquée par la réouverture de l’Opéra Royal du château de Versailles, avec des concerts de musique classique, mais aussi de pop. Comment conciliez-vous programmation artistique et patrimoine au Château de Versailles ?
J.-J.A. : La principale mission du château de Versailles, c’est d’abord de prendre soin du patrimoine par des campagnes d’acquisitions et de restaurations. C’est également de le mettre en valeur par la programmation d’expositions historiques comme l’exposition Louis XIV : l’homme et le roi en octobre. Mais l’offre culturelle du château se doit également d’être ouverte à la musique, aux spectacles et, j’y tiens beaucoup, à l’art contemporain, comme c’est le cas actuellement avec l’exposition Veilhan Versailles. Préserver le patrimoine ne signifie pas le plonger dans la naphtaline. Le château de Versailles est l’espace possible d’une culture vivante, ouverte sur la diversité des créations d’aujourd’hui. Parallèlement à la programmation spécifique assurée par le Centre de Musique Baroque de Versailles, organisme associé à l’établissement public, j’ai souhaité que sa filiale, Château de Versailles Spectacles, mette en place une programmation musicale complémentaire, s’attachant à faire vivre à Versailles les musiques de toutes les époques et de toutes les origines, en invitant les interprètes les plus prestigieux à se produire dans l’enceinte de l’Opéra royal notamment.
Vous êtes à l’origine d’une loi (2003) extrêmement favorable au mécénat. Au château de Versailles, des travaux importants ont été réalisés grâce au mécénat (le groupe Vinci pour la galerie des glaces). Le mécénat va-t-il remplacer les subventions publiques ?
 
J.-J.A. : Le mécénat est une grande tradition à Versailles. Beaucoup de mécènes français et étrangers contribuent depuis le début du XXème siècle au grand œuvre du remeublement de Versailles auquel la Société des Amis prend une part constante. Le mécénat d’entreprise occupe désormais à Versailles une place très importante et porte sur des chantiers ou des acquisitions majeurs. Il convient également de mentionner des générosités plus modestes mais non moins importantes, comme celles par exemple qui s’expriment dans la campagne « adoptez une statue du parc » ou « adoptez un banc ». J’attache en effet beaucoup d’importance au mécénat qui, à côté de l’effort de l’Etat, constitue un soutien indispensable et nous permet de porter très haut l’ambition des projets pour Versailles. Néanmoins, le mécénat ne se substitue pas à l’Etat qui reste le principal acteur, mais l’accompagne et permet d’accélérer les projets.
 
Vous vous êtes récemment exprimé de manière critique, dans Le Monde, sur le Ministère de la culture. Quels conseils pouvez-vous donner à Frédéric Mitterrand qui a été récemment nommé à ce poste ?
 
J.-J.A. : La nomination de Frédéric Mitterrand au Ministère de la culture est un choix judicieux. Sa carrière, son expérience, son œuvre le prédisposent à bien connaître ce ministère. En outre, par ses liens familiaux, il sait ce qu’est le sommet de l’Etat. Je forme des vœux pour le succès de cette nouvelle mission qui lui échoit et à laquelle il apportera une vraie capacité d’enthousiasme et une connaissance fine des milieux culturels dont il a désormais la responsabilité. Frédéric Mitterrand part, en tout cas, bien armé dans cette nouvelle aventure. Peut-être assistera-t-on à la renaissance du fameux couple Président-Ministre de la culture que De Gaulle et Malraux, Mitterrand et Lang, ont illustré avec tant de conviction.
 
Quels sont pour vous les grands défis qui attendent dans les prochaines années le monde de la culture et notamment le milieu musical ?
 
J.-J.A. : Pour moi le véritable défi, c’est de ne pas laisser la culture se superficialiser dans le registre de l’événementiel et du divertissement. La culture doit rester une réalité profonde et enracinée. C’est la raison pour laquelle je crois à la nécessité de l’action publique dans le domaine de l’éducation et dans celui de l’action culturelle. L’école est, à mes yeux, le principal espace d’acculturation. C’est là que les disparités liées à l’origine sociale des jeunes doivent être compensées, de manière à permettre à tous ceux qui vivent dans notre pays de participer autant que possible aux joies de la vie culturelle.
 
Quels sont vos goûts personnels en matière de musique classique ?
 
J.-J.A. : Mes goûts sont éclectiques, comme ceux de beaucoup de mes contemporains, sans doute parce que j’ai pu très tôt accéder, grâce aux disques d’abord, grâce à la radio, grâce aux concerts, grâce aux festivals, à de très vastes et très divers répertoires. Selon mon humeur et selon les jours, je prends plaisir donc à écouter Hildegarde von Bingen ou Monteverdi, Lully ou Berlioz, Rameau ou Mahler, Luigi Nono ou des musiques aborigènes de l’Australie. C’est cet éclectisme que permet la culture contemporaine.
 

Propos recueillis par Jean-Luc Caradec et Antoine Pecqueur

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