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Le pouvoir social de la musique

Le pouvoir social de la musique - Critique sortie

Publié le 2 octobre 2009

Directeur musical de l’Orchestre National de Lille depuis 1976, Jean-Claude Casadesus a été l’un des pionniers dans le travail vers les publics dits « empêchés », emmenant sa phalange jouer aussi bien dans les hôpitaux, les prisons que dans les usines. Il témoigne de cette action sociale dans son livre Le plus court chemin d’un cœur à un autre (Stock).

«  Ce qui m’obsède, c’est la transmission. »
 
Qu’est-ce qui vous a motivé à emmener l’Orchestre National de Lille dans des lieux socialement difficiles ?
 
Jean-Claude Casadesus : Quand j’ai lancé ce type d’actions, il y a une trentaine d’années, c’était complètement nouveau. On disait d’ailleurs avec condescendance dans le microcosme parisien que Casadesus, c’était celui qui jouait dans les usines. Pour moi, l’idée était simplement de porter la musique vers tous les publics. Quand je suis arrivé dans le Nord Pas-de-Calais, c’était une région traumatisée par la crise du textile, du charbon ou encore de l’acier. Le chômage était en pleine expansion et il n’y avait pas de lien avec l’émotion artistique. Or, les plus riches comme les plus pauvres sont à égalité devant cette émotion. A mon sens, c’est bien de faire, mais c’est aussi bien de faire comprendre. Ce qui m’obsède, c’est la transmission.
 
Quelles sont les retombées de ce type d’actions ?
 
J.-C. C. : En 1983, nous sommes allés jouer dans une usine qui fermait à Hazebrouck. Quelques années plus tard, des gens sont venus me voir et m’ont dit que cette action avait sauvé du suicide des personnes qui avaient été licenciées à ce moment-là. Très souvent, les gens ne veulent pas aller dans une salle de concert, car c’est un lieu sacralisé. Quand nous faisons ces actions, nous leur montrons aussi que nous ne « mordons » pas !
 
Comment se déroulent vos concerts en prison ?
 
J.-C. C. : Chaque année, je vais diriger en prison. En général, on entre sous les insultes et on sort sous les acclamations. On essaie d’apporter une part d’humanité. Très souvent, les prisonniers ne sont pas considérés avec dignité. C’est pour cette raison que nous tenons à jouer en smoking. Nous préparons ce concert avec le même sérieux qu’un programme au Carnegie Hall de New York. Nous donnons également chaque année un concert de partage aux plus défavorisés. Ce genre de démarche, c’est une goutte d’espérance dans un océan de souffrance.
 
Quel regard portez-vous sur le développement exponentiel des actions « culturelles » dans les orchestres français ?
 
J.-C. C. : Je m’en réjouis, bien sûr. Mais ce qui m’énerve, c’est quand certains font semblant de découvrir ces choses. Souvent cela vient d’interprètes parisiens qui ne regardent pas la province, c’est comme ça depuis Louis XI ! Le risque aussi, c’est que ça devienne un alibi, parfois pour toucher des subventions publiques. Pour éviter cela, il faut toujours examiner en détail le projet proposé.
 
Quelle politique menez-vous envers le jeune public ?
 
J.-C. C. : Nous ouvrons chaque année sept répétitions aux élèves de lycée, qui peuvent venir suivre la répétition aux côtés d’un musicien. Ils se choisissent ainsi un parrain parmi les instrumentistes de l’orchestre. A côté de cela, nous avons des actions avec des intervenants, notamment autour du compositeur en résidence (cette année, Bruno Mantovani).
 
D’un point de vue global, comment se porte l’Orchestre National de Lille ?
 
J.-C. C. : Il y a un renouvellement important des pupitres dans l’orchestre. Nous avons une moyenne d’âge de 40 ans. Chaque année, nous donnons environ 100 concerts. Par ailleurs, nous organisons un festival, Lille Piano(s) Festival, également investi sur le plan pédagogique puisqu’un certain nombre de master classes y est dispensé.
 

Propos recueillis par Jean-Luc Caradec et Antoine Pecqueur

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