La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

La musique contemporaine dans tous ses états

Le nouveau visage du compositeur

Le nouveau visage du compositeur - Critique sortie
© Emmanuelle Murbach Comme Deux hommes jonglaient dans leur tête avec Jérôme Thomas ou Tu tiens sur tous les fronts, Aucun homme n’est une île mis en scène par Roland Auzet est en tournée.

Publié le 17 novembre 2013

Directeur du Théâtre de la Renaissance d’Oullins depuis juin 2011, compositeur, percussionniste et metteur en scène, Roland Auzet s’engage dans un combat pour que les compositeurs puissent bénéficier d’outils scéniques adaptés à leurs besoins.

« Il est temps que les compositeurs soient considérés comme nos collègues metteurs en scène et chorégraphes. »

La figure du compositeur a-t-elle évolué ? 

Roland Auzet : Depuis environ vingt-cinq ans, la figure du compositeur a considérablement évolué, sous l’influence déterminante des croisements entre les arts à l’œuvre dans de multiples productions scéniques. Comme ses collègues metteurs en scène ou chorégraphes, le compositeur a aujourd’hui acquis un savoir faire dans le domaine de la relation au plateau, la majorité des compositeurs ayant suivi des formations liées à l’idée du plateau, à l’idée du rapport au temps et à l’espace, avec des intervenants spécialisés en danse, théâtre, arts plastiques, multimédia et autres. Les figures de metteur en scène, chorégraphe et compositeur peuvent se mélanger. Nourri par cet apprentissage et par ces plateaux ouverts à la création multidisciplinaire, le compositeur est devenu aussi un praticien de la scène. Un nouveau visage du compositeur est apparu, celui d’un écrivain de plateau à part entière, à partir de la musique.

Allez-vous poursuivre l’aventure à la fin de votre premier mandat à la tête du Théâtre de la Renaissance, en mai 2014 ?

R. A. : Notre ancrage multidisciplinaire a impulsé une dynamique, et nos créations qui croisent les arts à parts égales tournent en France et en Europe. Le Théâtre de la Renaissance est dans une bonne situation financière, et le public est au rendez-vous. Les compositeurs ne sont pas inaptes à la gestion, et les gens compétents ne manquent pas ! J’ai cependant décidé de ne pas renouveler ma candidature à Oullins pour me rendre disponible afin de mener un combat pour les maisons de musique du territoire français.

Est-ce pour donner davantage de place à la création de musique contemporaine dans ces maisons ?

R. A. : Mais cette place est quasiment inexistante ! Il s’agit plutôt d’opérer un rééquilibrage naturel. La ministre de la Culture défend l’idée que la création et l’action artistique s’inscrivent au cœur des maisons, et la nécessité de toucher des générations différentes, mais en termes de musique nous avons trois siècles de retard. Il est temps qu’on se réveille ! Des mesures simplissimes et peu coûteuses peuvent être mises en place par le ministère de la Culture. Par exemple dans les treize maisons d’opéra financées par l’Etat pourrait oeuvrer un compositeur associé. Dans les centres dramatiques ou les centres chorégraphiques, de nombreux auteurs, metteurs en scène ou chorégraphes associés ont trouvé leur place. Je ne vois pas pourquoi les compositeurs seraient exclus de ce statut. Sur l’ensemble des maisons d’opéra, plus de 90% du répertoire  se situe entre le XVIIIe et le XIXe siècle ; la création doit pouvoir s’affirmer. Il est temps que les compositeurs soient considérés comme nos collègues metteurs en scène et chorégraphes et bénéficient d’outils adaptés aux besoins d’aujourd’hui, disposent de plateaux plutôt que de studios.

Comment expliquez-vous cette situation ?

R. A. : Les maisons sont aux mains de gens qui font fructifier le répertoire de manière marchande, pour diverses bonnes raisons puisqu’il s’agit de nourrir les orchestres, – une problématique centrale. Ils ne prennent pas en compte l’évolution de la figure du compositeur, qui peut-être même les embarrasse un peu. Ces lieux de vie artistique ont été créés avec les compositeurs qui en ont été ensuite chassés ; lorsque le langage musical est devenu virtuose au XIXe siècle, la figure de l’interprète a devancé celle du compositeur. L’interprète et la musique de cette époque sont devenus une valeur marchande, la monstration a fait reculer la pensée. Or cette économie centrée sur la marchandisation du répertoire est un frein à la créativité des compositeurs. Avec un groupe de compositeurs trentenaires et quarantenaires, nous voulons interpeller la ministre : le compositeur est injustement exclu de ce réseau. Alors que les questions du rajeunissement et de la parité dans les centres dramatiques font débat, c’est l’omerta absolue pour les maisons de musique, où les directeurs ne sont que d’ex-directeurs d’autres maisons. Intellectuellement et artistiquement, les compositeurs aujourd’hui sont légitimes et ont dans leurs mains d’infinies possibilités… Entendez-nous Madame la ministre !

 

Propos recueillis par Agnès Santi

 

Créations à venir au Théâtre de la Renaissance à Oullins (69) :  Steve Five, opéra par Fabrice Melquiot, Roland Auzet et l’Opéra de Lyon. I can try, duo par Arushi Madgal et Roland Auzet.

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