La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Le Cirque contemporain en France

Jongler avec la glace

Jongler avec la glace - Critique sortie
Crédit : Jean-Luc Beaujault Légende : Phia Ménard crée pour que le spectateur vive une expérience.

Fondation BNP Paribas : 15 ans d’engagement auprès des Arts du Cirque

Publié le 11 novembre 2014

Jongleuse, performeuse, artiste radicalement singulière, Phia (anciennement Philippe) Ménard a changé de prénom et de genre. Fondatrice de la Compagnie Non Nova, celle qui fit ses débuts auprès de Jérôme Thomas porte, aujourd’hui, un regard nouveau sur la jonglerie. En questionnant les notions de normalité et de transformation.

En créant votre compagnie, en 1998, vous vous êtes dirigez vers des zones de recherche touchant à la performance et à la transdisciplinarité. Diriez-vous, malgré cela, que vous êtes toujours et avant tout une jongleuse ?

Phia Ménard : Oui. Quoi que je fasse, je resterai toujours – dans ma tête, dans ma manière de regarder le monde – une jongleuse. Mais une jongleuse qui a évolué. Une jongleuse qui, aujourd’hui, se confronte à des éléments comme l’air, l’eau, la glace, à des matières que l’on peut transformer. Mais le principe de base reste le même : déjouer la gravité, essayer de maintenir des objets en l’air, tenter de s’affranchir de contingences physiques et terrestres qui, à un moment, nous rattrapent. Comme pour essayer d’échapper, de façon métaphorique, à ce que la société veut faire de nous.

« Chaque artiste nourrit ses créations de son trajet intime, de ses questionnements et de ses incertitudes. »

Quelle part votre processus de transformation personnel a-t-il pris dans vos créations ?

Ph. M. : Une part forcément importante. Car cette transformation implique une mise en perspective de mon identité dans le monde. Mais, je crois que chaque artiste nourrit ses créations de son trajet intime, de ses questionnements et de ses incertitudes. Chaque être humain en train de créer s’imagine autre, se découvre instable et cherche à trouver la plus grande stabilité possible. Bien sûr, ma position de personne transgenre éclaire mes spectacles d’une lumière particulière. Mais je suis persuadé que ce que j’écris est universel, que cela appartient à tout le monde. Mon propos est de prêter mon corps de circassienne à chaque spectateur pour qu’il puisse se l’approprier et faire une expérience à travers lui. Je dis souvent que je ne suis pas là pour montrer quoi que ce soit, mais pour amener le public à vivre quelque chose, en stimulant son imaginaire.

Comment concevez-vous vos spectacles ?

Ph. M. : Je m’arrête sur une parole, sur quelque chose qui m’interroge et devient une problématique. Ma prochaine création*, par exemple, part du mythe de la princesse et du prince charmant que l’on transmet aux enfants. Qui est ce prince que l’on a voulu que je sois ? Suis-je devenue une princesse ? Comment vais-je être sauvée ?… Toutes ces questions m’ont amenée à travailler sur la croyance, la vieillesse, la désillusion, l’amour, le mensonge…, en chorégraphiant des robes de princesses congelées qui, peu à peu, vont se vider de leur eau et se transformer en serpillères. Le passage de la réflexion à la réalisation concrète est un travail long et fastidieux. Il faut tout inventer en revenant aux fondements de la jonglerie : choisir un objet, le mettre en mouvement, lui donner une trajectoire, maîtriser sa vélocité, déterminer son équilibre… Tout cela doit faire naître une écriture simple et efficace, pas du tout didactique. Une écriture qui cherche à s’élever dans un grand souci de justesse et une nécessité de faire sens.

Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat

 

*Belle d’hier sera créée en 2015 au Festival Montpellier Danse. Tournée notamment de Vortex et de L’Après-Midi d’un Foehn.

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