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Faire sentir la musique en train de naître

Faire sentir la musique en train de naître - Critique sortie
© Bertrand Pichène / Sigiswald Kuijken dirige la session 2011 de l’Académie baroque européenne d’Ambronay.

Publié le 10 octobre 2009

Depuis 1993, l’Académie baroque européenne d’Ambronay initie de jeunes instrumentistes et chanteurs à la pratique du répertoire baroque auprès de professionnels reconnus. Sigiswald Kuijken, violoniste et chef d’orchestre, fondateur de La Petite Bande en 1972, en est cette année le directeur artistique et pédagogique.

Quel est votre projet artistique pour l’Académie baroque européenne 2011 ?
Sigiswald Kuijken :
La Messe en si de Bach est pour moi l’occasion de partager avec les participants de l’Académie les recherches sur le mode d’exécution des œuvres de Bach que je poursuis depuis plus de vingt-cinq ans. La Messe sera ainsi chantée à un chanteur par partie. En effet – et c’est très clair lorsque l’on observe le texte original – Bach n’a jamais utilisé un chœur au sens où nous l’entendons maintenant. Ce sont les solistes qui chantent également les parties du chœur. D’autre part, les musiciens ne seront pas dirigés par un chef : il s’agit de faire sentir la musique en train de naître plutôt que de suivre quelqu’un qui bat la mesure.

« Les étudiants doivent de plus en plus se débrouiller de façon inventive et individuelle. »

Quel est, selon vous, l’apport essentiel de l’Académie aux jeunes musiciens qui y participent ?
S. K. : C’est une expérience intéressante : faire quelque chose de valeur ensemble, dans une optique artistique claire et nette. La réussite de ce type d’expérience réside aussi dans l’ambiance qui se crée entre les participants ; c’est l’occasion de connaître, de rencontrer beaucoup de gens.

En quoi le travail à Ambronay est-il différent de celui effectué en conservatoire ou lors de master classes ?
S. K. :
Le fait que le travail soit limité dans le temps en fait une autre aventure. L’ambiance est différente et surtout, on peut dépasser la préparation technique individuelle de chacun. Pendant l’Académie, on ne va pas faire qu’interpréter la Messe en si, même si ce sera le résultat le plus visible pour le public. Il est important de profiter de ces moments pour jouer également en musique de chambre, pour initier les musiciens au style de Bach, pour travailler le récitatif, la poésie, la déclamation… À ce titre, il me semble indispensable que les instrumentistes partagent les mêmes connaissances que les chanteurs. On ne peut pas rester braqué sur son instrument, il faut ouvrir les horizons.

L’enseignement de la musique ancienne s’est largement développé dans les conservatoires depuis une trentaine d’année. Pour autant, pensez-vous que l’insertion professionnelle des jeunes musiciens est devenue plus facile ?
S. K. :
Non, car il y a de plus en plus de candidats alors que le nombre de concerts n’augmente pas. Les conservatoires forment beaucoup de jeunes musiciens très talentueux mais, sur le terrain, il n’y a pas une réserve sans fin de travail disponible. Les étudiants doivent de plus en plus se débrouiller de façon inventive et individuelle… et être prêts à ne pas gagner beaucoup d’argent. Mais au fond, c’est un peu la même chose dans le domaine symphonique, ou pour un poste ouvert au recrutement, il peut y avoir plusieurs centaines de candidats.

Propos recueillis par Jean-Guillaume Lebrun

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