La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

La danse dans tous ses états

Développer l’attention à la sensibilité des corps

Développer l’attention à la sensibilité des corps - Critique sortie Danse Bezons

Que révèlent les corps aujourd’hui ?
Entretien Julie Nioche

Publié le 23 février 2018

La chorégraphe poursuit un travail singulier où l’attention au corps et aux sensations prend toute sa place.

On remarque, dans votre démarche globale de chorégraphe, mais aussi de compagnie, une attention singulière portée au corps. Comment s’exprime-t-elle ?

Julie Nioche : Je parlerais plutôt en termes de sensibilité, de corps sensible : il s’agit de porter attention à la sensibilité, de la faire émerger chez tout le monde, et de mesurer son influence sur la relation à soi et aux autres. L’utilisation des pratiques somatiques comme moyens de mise en état pour pouvoir créer de la danse me passionne. Ces pratiques amènent à être dans une certaine attention à soi, à sa mémoire, à son imaginaire. Ce qui m’intéresse, c’est de rassembler des gens qui ont envie de développer leur pouvoir d’agir. Nous mettons au cœur des techniques la subjectivité, la sensation, le ressenti de la personne qui participe, et son autonomisation, dans l’idée de transmettre des savoirs pour qu’elle puisse se les approprier et les développer comme bon lui semble et comme elle le peut à ce moment-là. C’est une considération de la personne dans sa globalité, dans une vision holistique de l’humain. Cette démarche se situe aussi sur un terrain social et civique, pour que la danse soit accessible à tous. Nous partageons des connaissances à travers des projets artistiques ou des projets de transmission.

« L’enjeu de ces savoirs du corps est de pouvoir mettre en relation ses sensations, ses émotions, sa pensée et son imaginaire.  »

Pourquoi finalement cet axe du corps sensible ? Sentez-vous dans la société un déficit en la matière ?

J. N. : On a peu intégré dans l’éducation, familiale ou nationale, les apprentissages autour des savoirs du corps. L’enjeu de ces savoirs est de pouvoir mettre en relation ses sensations, ses émotions, sa pensée et son imaginaire. Où apprend-on à mettre des mots sur ses sensations, ses émotions, pour pouvoir déjà les exprimer à soi, et à l’autre ? Ces savoirs ne sont pas du tout mis en avant. Or quand quelqu’un a accès à ses sensations, peut les nommer, les exprimer, il développe son pouvoir d’agir. Les techniques corporelles et de danse permettent cet accès. C’est extrêmement puissant.

Quand vous faite un projet comme En classe, qu’est-ce que ce que cela révèle des corps d’aujourd’hui et en particulier des corps d’enfants ?

J. N. : Ce que je peux observer, c’est comment l’enfant est extrêmement guidé dans le développement de ses mouvements, puisque son espace c’est une table, une chaise et un mètre carré d’espace personnel. Cela conditionne énormément le corps et la façon de penser. Il y a une corrélation entre la liberté corporelle et la liberté des systèmes de pensée. Dans En classe, nous donnons des consignes aux enfants à travers des casques, mais pas en montrant les choses. On observe la capacité de l’enfant à se faire confiance, ou pas. Et on comprend que la confiance en soi n’est pas vraiment développée… Un projet comme En classe va décaler les systèmes d’analyse, parce qu’on va regarder le dos, les dynamiques, les intensités musculaires, les projections musculaires, la chaleur qui émane d’un corps… Nous ouvrons d’autres portes, simplement en complétant la palette des possibles, des sensations, du vocabulaire. Avoir accès à une sensibilité accrue affine l’humain dans la réception et le traitement des informations, le rend plus disponible, davantage capable de choisir.

 

Propos recueillis par Nathalie Yokel

A propos de l'événement

En classe
du Mardi 6 mars 2018 au Vendredi 9 mars 2018

Théâtre Paul Eluard de Bezons

Ritual for a sensitive geography, le 1er juin. . Tél. : 01 34 10 20 20.


La taille de nos âmes de Julie Nioche et Gwenaëlle Aubry, création le 9 mars pour Concordan(s)e 2018.


Nos amours, les 19 et 20 mars au TJP de Strasbourg.


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