La Terrasse

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La musique Baroque en France

Dans le Nord, deux ensembles sinon rien

Dans le Nord, deux ensembles sinon rien - Critique sortie
photo:Jean-Claude Malgoire

Publié le 10 juillet 2008

Dans le Nord, deux ensembles sinon rien

La métropole lilloise accueille en résidence d’opéra deux formations sur instruments anciens : la Grande Ecurie et la Chambre du Roy, ainsi que le Concert d’Astrée.

Au cours de la saison 2005-2006, les auditeurs de la métropole lilloise ont pu apprécier l’Orfeo de Monteverdi dans deux interprétations différentes : celle de La Grande Ecurie et la Chambre du Roy, dirigée par Jean-Claude Malgoire, et celle du Concert d’Astrée, sous la houlette d’Emmanuelle Haïm. Le premier ensemble est en résidence à l’Atelier Lyrique de Tourcoing depuis 1981, tandis que le second occupe la même fonction à l’Opéra de Lille depuis 2001. Profusion salutaire ou « cacophonie » malheureuse ‘
Un rapide détour historique permet de mieux comprendre cette situation inédite. Jusqu’en 1985, les scènes de Lille, Tourcoing et Roubaix fonctionnaient en commun, sous l’appellation d’Opéra du Nord. « Mais les choses se sont gâtées, rappelle Jean-Claude Malgoire, directeur de l’Atelier lyrique de Tourcoing. La structure générale était en déficit croissant et les villes ne s’entendaient plus sur le financement ». Résultat des courses : le ballet de Roubaix s’est maintenu grâce à l’aide de l’Etat, l’Opéra de Lille a décliné avant de fermer en 1998, et l’Atelier de Tourcoing a poursuivi sa programmation, non sans difficultés financières. Jean-Claude Malgoire a alors ouvert les portes de son ensemble aux musiciens de feu l’Orchestre de l’Opéra de Lille, intéressés par la démarche sur instruments anciens. « C’est de cette manière que la percussionniste Marie-Ange Petit s’est mise aux timbales baroque et la violoniste Andrée Mitermite aux cordes en boyaux », se souvient Jean-Claude Malgoire. Les amateurs de musique ancienne se rendent alors en grand nombre à Tourcoing pour assister aux opéras de Monteverdi ou de Mozart.

Des interprétations très différentes

En 2004, la nomination de Lille comme capitale européenne de la culture entraîne la réouverture de son opéra. L’absence d’orchestre fixe est compensée par la présence d’ensembles en résidence. Pour la musique baroque, la formation invitée est Le Concert d’Astrée d’Emmanuelle Haïm. « Chaque année, l’ensemble assure au moins une production lyrique, mais donne aussi des concerts avec solistes ou avec chœur. Il y a également un cycle de musique de chambre avec les instrumentistes de l’ensemble », explique Caroline Sonrier, directrice de l’Opéra de Lille.  Reste une interrogation : les deux scènes, situées à quelques kilomètres d’écart, offrent-elles en matière de musique ancienne une programmation en « doublon » ‘ Si les répertoires abordés s’avèrent proches (Haendel, Monteverdi, Mozart…), leurs interprétations se révèlent bien souvent différentes. A l’Opéra de Lille, l’accent est mis sur des mises en scène contemporaines (David McVicar, Sandrine Anglade) et sur des distributions comprenant des chanteurs « stars ». Tandis que Jean-Claude Malgoire, à Tourcoing, privilégie des visions plus classiques et s’entoure de solistes fidèles (de Nicolas Rivenq à Isabelle Poulenard). Cependant, les deux scènes se retrouvent pour développer les mêmes actions pédagogiques et sociales. « La révolution du textile a frappé de plein fouet cette région. Pour ces populations défavorisées, l’accès à la culture est indispensable », affirme Jean-Claude Malgoire, rejoint par Caroline Sonrier, pour qui « il ne faut pas oublier la valeur de l’émotion, même s’il y a d’autres priorités ». Ces deux institutions se situent ainsi clairement dans la lignée du volontarisme sociétal engagé depuis plus de trente ans par Jean-Claude Casadesus et l’Orchestre National de Lille.

A. Pecqueur

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