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« C’est toujours avec les concepts d’Alwin Nikolaïs que je travaille. »

« C’est toujours avec les concepts d’Alwin Nikolaïs que je travaille. » - Critique sortie
Carolyn Carlson. Photographie : Eric Le Brun

Publié le 10 octobre 2009

Danseuse, chorégraphe, Carolyn Carlson est également une pédagogue passionnée. Elle dirige l’Atelier de Paris depuis sa création, il y a dix ans.

Comment votre propre formation à la danse s’est-elle déroulée ?
Carolyn Carlson :
Je me suis formée en danse classique et moderne, notamment au sein du cursus danse de l’université d’Utah : aux Etats-Unis, il y a relativement peu de théâtres, et la vie artistique se déroule en bonne partie à l’université. C’est là que j’ai découvert l’enseignement d’Alwin Nikolaïs, lors d’un atelier d’été. C’était en 1964 : 47 ans plus tard, que j’enseigne ou que je chorégraphie, et bien que mes sources d’inspiration aient énormément évolué, c’est toujours avec ses concepts que je travaille.

« Je propose aux étudiants d’explorer la projection, la façon dont ils transmettent des émotions au public. »

Quand avez-vous commencé à enseigner ?
C. C. :
A l’université, il y avait un cours sur « comment enseigner ? ». Nous y faisions toute sorte d’expériences ; je me rappelle notamment avoir proposé des cours de danse à des personnes sourdes, qui percevaient les pulsations de la musique dans les vibrations du sol… J’ai ensuite rejoint la compagnie de Nikolaïs, à New York : il organisait chaque semaine un atelier consacré aux « principes de l’enseignement ». C’était un incroyable pédagogue – qui a ensuite formé de très nombreux danseurs français au CNDC d’Angers. Il proposait de consacrer tout un cours à une notion (la suspension, la distance…). Nous faisions alors un travail d’une profondeur que l’on a rarement l’occasion d’expérimenter. Beaucoup de gens pensent qu’improviser, c’est faire tout ce qui nous passe par la tête : cela peut être le cas, bien entendu, mais avec les propositions de Nikolaïs, il s’agissait d’aller toujours plus loin dans l’exploration. La notion étudiée était abordée d’une façon aussi bien technique que théorique, et donnait lieu également à un travail de composition. Dans les années 1970, quand j’ai commencé à travailler à l’Opéra de Paris, les danseurs de l’Opéra qui venaient suivre mes cours étaient extrêmement surpris d’être ainsi invités à improviser, à chorégraphier… Tout cela sans que l’enseignement ne propose un « code » : la grande richesse du travail de Nikolaïs réside dans le fait qu’il s’agisse uniquement de concepts, de principes, à partir desquels on peut développer des esthétiques extrêmement différentes. Nikolaïs m’a également amenée à enseigner pour des enfants de Harlem, face auxquels il fallait être très fort, très sûr de ses propositions pour qu’ils acceptent d’entrer dans une attitude constructive ! En fait, c’est ainsi que l’on apprend à enseigner : en enseignant…

Aujourd’hui, sur quoi axez-vous votre enseignement ?
C. C. :
J’aime la dynamique de la performance : dans le cadre d’un atelier ou d’une master class, préparer un moment de visibilité publique avec les étudiants permet de travailler sur leur présence, sur leur charisme. Beaucoup d’artistes aujourd’hui cherchent, au contraire, à trouver une énergie « quotidienne »… Ce qui peut être passionnant également. Mais en ce qui me concerne, je propose aux étudiants d’explorer la projection, la façon dont ils transmettent des émotions au public. Je cherche à faire sortir, chez chacun d’eux, leur présence, leur générosité, leur « luminosité » propres. Autant de choses en lesquelles je crois toujours !

Propos recueillis par Marie Chavanieux

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