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Entouré de l’amour des siens, Stéphane Ricordel s’est éteint le 30 juillet 2026, à l’âge de 62 ans. Saluons l’homme, l’artiste, le directeur de théâtre, épris de liberté, de pensée, de partage. Hors des sentiers battus, du côté de l’esprit de l’air.
C’est une rentrée marquée par la perte qui s’ouvre au Théâtre du Rond-Point, où en 2022 Stéphane Ricordel et Laurence de Magalhaes furent nommés co-directeurs. Une rentrée où cohabitent la douleur de l’absence et la puissance du souvenir. Souvenir fort d’un être fort. « Un roc », dit Laurence lorsqu’elle évoque Stéphane, « son mec », partenaire d’une vie. Élégant, discret, le regard vif et attentif, Stéphane inspirait la confiance et la solidité. Il a tracé aux côtés de Laurence un parcours inspirant, hors des sentiers battus, cultivant le plaisir du partage, la singularité d’une programmation, traduisant en actes concrets le désir d’un théâtre populaire et novateur, ouvert à toutes les disciplines. Inséparables et complémentaires, tous deux ont ensemble œuvré sans relâche en faveur du spectacle vivant, à leur manière si chaleureuse et talentueuse.
Stéphane a commencé par le théâtre, puis très vite le cirque s’est imposé, une discipline d’audace et de risque, un choix qui culmine avec l’aventure hors normes des Arts Sauts. Une compagnie qu’il a fondée en 1993, avec Laurence et une bande de trapézistes au sommet. Pendant près de quinze ans, il fut trapéziste porteur, ce qui d’emblée raconte beaucoup de choses. Les Arts Sauts ont tourné dans le monde entier, révolutionnant l’usage et les codes du trapèze volant. La technique à son meilleur y laisse toujours place à « l’esprit de l’air », au rêve poétique.
Qu’il soit artiste, metteur en scène, directeur de théâtre ou de festival, Stéphane a défendu des gestes artistiques exigeants qui célèbrent l’élan de la création, l’ouverture à l’autre, le désir de vivre, qui s’affirme y compris face à l’adversité. En 2009, deux ans après la fin des Arts Sauts, lui et Laurence ont fait du Monfort, alors mal identifié, un espace d’effervescence artistique et de convivialité festive. Puis tous deux ont aussi réinventé le Festival Paris l’été, essaimant en Ile-de-France, renouvelant la rencontre avec la scène. « J’aime l’autre quel qu’il soit, j’ai besoin de lui, il a besoin de moi. » confiait-il. Au Théâtre du Rond-Point, Laurence et Stéphane ont poursuivi et réussi leur aventure commune. Jusqu’à ce qu’une terrible maladie neuro-dégénérative l’atteigne. Subissant les attaques de la maladie, il a résisté et combattu avec un grand courage, est demeuré présent au théâtre, autant qu’il a pu.
En juillet dernier à Avignon dans un bel écrin de verdure, Stéphane est venu assister au spectacle Sillages créé et interprété par son fils Léo Ricordel et les siens. Un spectacle doux, où affleurent une multitude de fragments de vie enregistrés. Le mouvement y trace un cercle aussi tenace que l’amour infiniment possible ; des gestes de tendresse, des élans et des enlacements se faufilent avec délicatesse. Ce qui unit y est célébré de manière poignante.
Stéphane Ricordel a effectué son dernier saut vers l’inconnu le 30 juillet dernier, entouré de l’amour des siens. Cet amour-là ne meurt pas.
Nous adressons nos pensées chaleureuses à Laurence, aux enfants, aux proches.
Agnès Santi
A l’automne dernier, il recevait le Grand [...]