La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Hedda Gabler

Hedda Gabler - Critique sortie Théâtre
Hedda Gabler, de bile, de fiel et de sang.

Publié le 10 septembre 2007

Thomas Ostermeier met en scène les affres existentielles et morales de la sublime Hedda Gabler, héroïne sans limites, et offre une modernisation remarquable du drame d’Ibsen.

Entre le verre et le béton d’une vie lisse et comblée, Hedda Gabler, qui a bien du mal à abandonner le nom du père pour celui de Tesman, mari trop policé et trop fade, trompe son ennui en jouant avec les pistolets hérités du général Gabler, part manquante d’une virilité et d’une puissance qui font infiniment défaut au falot Jørgen Tesman, chercheur sur la touche et historien besogneux qu’éclipse sans difficulté le brillant Løvborg, ancien amant d’Hedda. Ce dernier vient de terminer un ouvrage révolutionnaire qui lui promet le succès et la reconnaissance de ses pairs et du public. Installée à grands frais dans une maison dont la clarté clinique condamne l’obscurité inconsciente et les frustrations au silence, Hedda semble un joli animal qu’une cage bien propre tient prisonnière. L’intelligence de la mise en scène de Thomas Ostermeier, qui installe les bourgeois du 19e siècle décrits par Ibsen dans une modernité high-tech, s’appuie sur la scénographie pertinente de Jan Pappelbaum. En effet, le décor aux effets tournants implacables et aux lignes très pures, dessinant un espace froid comme un laboratoire de dissection, renforce l’impression de déshumanisation à laquelle les personnages sont soumis.

Un monde obsédé par la réussite et hanté par la chute

Froide et hiératique comme un modèle de papier glacé, Katharina Schüttler est physiquement impeccablement intégrée à ce décor dont l’âme bouillonnante et noire de son personnage dément le calme et la netteté. Les gouffres maladifs de l’esprit d’Hedda semblent d’autant plus abyssaux que rien, dans le réel aseptisé qui l’entoure, n’y répond, et il faut bien de l’aveuglement à ses victimes pour ne pas voir la cachette évidente où elle place l’ordinateur contenant le texte de Løvborg qui devait être sa gloire et dont la destruction sera la perte de tous. Obsédée par une perfection et une vérité qu’elle ne peut rejoindre que par la souillure et la dévastation, méprisant les faibles avec cette morgue suicidaire de ceux qui refusent de composer avec la réalité et d’en admettre la trop humaine médiocrité, Hedda Gabler, héroïne d’un siècle qui découvre avec son auteur les arcanes de l’inconscient, devient, grâce à la lecture sagace et lumineuse qu’Ostermeier propose de la pièce, la digne et terrible fille d’une modernité obsessionnelle dévorée par l’ambition et la réussite et crevant derrière les baies vitrées d’une existence frigide.

Catherine RobertHedda Gabler, d’Henrik Ibsen ; mise en scène de Thomas Ostermeier. Du 27 au 30 septembre 2007. Jeudi, vendredi et samedi à 20h ; dimanche à 15h. La Criée – Théâtre National de Marseille. 30, quai de Rive Neuve, 13007 Marseille. Renseignements et réservations au 04 91 54 70 54. www.theatre-lacriee.com

 


A propos de l'événement

en tournée


x

Suivez-nous pour ne rien manquer sur le Théâtre

Inscrivez-vous à la newsletter

x
La newsletter de la  Terrasse

Abonnez-vous à la newsletter

Recevez notre sélection d'articles sur le Théâtre