La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon - Propos recueillis Dominique Paquet

haut les cœurs, debout les corps !

haut les cœurs, debout les corps ! - Critique sortie Avignon / 2012

Publié le 10 juillet 2012 - N° 200

Concaténant les fragments autobiographiques de l’œuvre de Michel Onfray, Dominique Paquet dessine le portrait d’un philosophe en acte, incarné par Thomas Cousseau et mis en scène par Patrick Simon.

« Le titre est extrait d’une phrase de Nietzsche : « Changer constamment en lumière et en flamme tout ce que nous sommes. » La pièce est construite à partir des fragments autobiographiques qui inaugurent chacun des livres de Michel Onfray, et fondent leurs problématiques. Nietzsche est le premier à affirmer que toute philosophie est autobiographique, et Michel Onfray reprend cette affirmation. J’ai sélectionné les fragments sur l’enfance (à dix ans, Onfray a été placé par sa mère dans un orphelinat), sur le travail en usine, sur son père, cet homme qui a travaillé très dur toute sa vie, sur son vieux maître, Lucien Jerphagnon, sur l’infarctus qu’Onfray a subi à vingt-sept ans, événement fondateur de son écriture. L’idée était de montrer comment un enfant qui vit des expériences douloureuses peut se reconstruire par la philosophie, selon une sorte de résilience, pour reprendre le concept de Boris Cyrulnik. Ce qui m’intéressait chez Onfray, c’est cette sculpture de soi à partir de l’analyse qu’il fait de ce qu’il a vécu, jamais morbide ou larmoyante, mais dressée comme une flamme : la phrase de Nietzsche et l’œuvre d’Onfray sont des injonctions à se dresser.
 
La philosophie comme viatique existentiel
 
Le dispositif scénique, construit par Goury, est un cube mobile disloqué. Chaque côté est rigide et les jointures sont souples. Ce cube en suspension crée des espaces différents dans lesquels joue la lumière, pour figurer les différents territoires et géographies de l’autobiographie. Les textes d’Onfray composent une autobiographie à la fois raisonnée, émouvante et sensible, qui propose plusieurs types d’exaltation de soi, par la révolte, la lecture, l’écriture, l’ironie. Ce sont des exercices de philosophie pratique, comme chez les Grecs, et pas seulement une réflexion conceptuelle et abstraite. La philosophie n’est pas une « hypertrophie du pensoir », comme disait Aristophane ; elle doit s’ancrer dans le corps, et elle ne vaut pas une heure de peine si elle ne débouche pas sur un exercice pratique. La philosophie est une jubilation, un repos, et un apaisement qui ouvre des dimensions extraordinaires à la vie quotidienne. Elle est une invitation à la joie, une incitation à se tenir debout, à la verticale, comme un être humain. »
 
Propos recueillis par Catherine Robert


Avignon Off. Le Petit Chien, 76, rue Guillaume-Puy. Du 7 au 28 juillet, à 14h. Tél. : 04 90 85 89 49.

Changer constamment en lumière et en flamme / d’après Michel Onfray / montage Dominique Paquet / mes Patrick Simon

A propos de l'événement



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