Paysage #5 / 10 jours avec François Gremaud
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Dans Nos histoires, mise en scène par Giorgia Sinicorni, Frédérique Auger et Jean-Charles Chagachbanian incarnent tour à tour, avec une grande justesse, les victimes et les bourreaux de relations dysfonctionnelles. Une pièce délicate qui met en lumière le mécanisme sournois de l’emprise et le pouvoir libérateur de l’amitié.
La pièce s’ouvre sur l’arrivée de Vicky dans le café de Maxime. Personnage haut en couleur, elle est québécoise, joyeuse, aime le vin rouge « charpenté », rit et parle franchement. Maxime est plus calme, réservé, attachant et d’emblée un lien profond se tisse entre les deux protagonistes. L’un et l’autre sont pris au piège de relations destructrices, elle avec Didier, avocat charismatique et cultivé, duquel elle est tombée folle amoureuse et dont la face sombre émerge peu à peu et lui avec sa mère qui l’étouffe et l’enferme dans une existence qu’il ne veut plus, usant d’un chantage à la maladie. Le décor est simple et épuré – deux tables croisées et inclinées comme en écho aux destins vacillants des personnages – et laisse toute la place aux comédiens pour se déployer, passer de la proie au bourreau. La métamorphose de Frédérique Auger de la joyeuse puis vulnérable Vicky à la mère glaciale et cruelle est impressionnante. De même de celle de Jean-Charles Chagachbanian, tantôt doux et prévenant en Maxime, tantôt pervers et manipulateur en Didier. Mais la transformation la plus marquante est sans doute celle de Vicky elle-même, dont l’identité se délite et vacille au gré de la marche délétère de l’emprise.
L’amitié face à l’emprise
Pour dénoncer le déploiement insidieux de l’emprise, la pièce use de symboles efficaces, le plus parlant étant celui de l’accent québécois de la jeune femme qui disparaît progressivement, alors que l’étau de l’emprise se referme sur elle. Soulignons également le rôle central de la musique de Vivien Lenon qui accompagne l’évolution des personnages, ou encore des arrêts sur image qui marquent l’anormalité et la prise de conscience. Ces procédés permettent d’accéder à la dimension implicite de la manipulation, à ses effets destructeurs sur le corps et à la difficulté à s’en extraire. Mais Nos histoires, c’est aussi – et peut-être même surtout – un récit d’amitié qui explore la puissance du véritable lien face à l’emprise. L’histoire de Vicky et Maxime qui se rencontrent au détour d’un café et qui vont voir et percevoir au-delà des façades et des non-dits. Alors pourront-ils se sauver l’un l’autre ? Se libérer pour redevenir les acteurs de leur vie ? Nous n’en dirons pas plus.
Hanna Abitbol
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