La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Gerold Schumann

Gerold Schumann - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : DR

Publié le 10 septembre 2009

Le voyage d’hiver d’un vieil homme

Le metteur en scène d’origine allemande Gerold Schumann crée Minetti, de Thomas Bernhard, au Théâtre de L’Apostrophe puis à l’Athénée. Il a choisi Serge Merlin pour interpréter le personnage central de cette pièce crépusculaire sur « l’art, le théâtre, la vie et le sens qu’on lui donne ».

« Il s’agit d’une mise en abyme incroyable à travers laquelle Thomas Bernhard a élaboré l’une de ses réflexions les plus cinglantes sur l’art, sur le théâtre, et plus encore sur la vie.  »
 
Minetti est une pièce tout en jeux de miroirs. Qu’est-ce qui, selon vous, en constitue l’essence ?
Gerold Schumann : On pourrait bien évidemment raconter l’histoire – l’arrivée d’un vieil homme qui prétend s’appeler Minetti (comme le grand comédien allemand pour lequel Thomas Bernhard a écrit cette pièce), dans un vieil hôtel d’Ostende, le soir de la Saint-Sylvestre – mais ce n’est pas là que l’essentiel se situe. Fondamentalement, ce que raconte Minetti, au-delà de cette intrigue, c’est la rencontre des comédiens avec le public. Qu’est-ce qu’un personnage, qu’est-ce qui le lie à l’interprète, aux spectateurs, quel est ce procédé de construction qui donne naissance au théâtre… ? Il s’agit d’une mise en abyme incroyable à travers laquelle Thomas Bernhard a élaboré l’une de ses réflexions les plus cinglantes sur l’art, sur le théâtre, et plus encore sur la vie, sur le sens que l’on donne à la vie. Minetti est un voyage entre réalité et non-réalité, le voyage d’hiver d’un vieil homme, qui se trouve être un artiste, un vieil homme poussé en dehors de la société. Et c’est ce rejet qui crée le lien avec chaque spectateur, car la possibilité de se voir, un jour, repoussé, marginalisé concerne chacun d’entre nous.
 
Qu’est-ce qui vous lie à l’écriture de Thomas Bernhard ?     
G. S. : Pour moi, Thomas Bernhard est, avec Thomas Mann, l’un des grands écrivains du XXe siècle. Je trouve fascinante sa façon de toujours aller au fond de lui-même par le biais de l’écriture. Et en même temps qu’il analyse ce qui se passe dans ces gouffres, il ne cesse de repousser cette intériorité profonde. Thomas Bernhard se situe constamment dans un mouvement d’alternance entre attraction et répulsion. Et finalement, c’est également ce qu’il propose au public : s’approcher, peut-être se brûler, et essayer de comprendre pourquoi on s’approche. En passant du comique au tragique, de la dérision à la gravité, nous allons tenter de rendre ce dialogue possible.
 
Pourquoi avoir choisi Serge Merlin pour interpréter le rôle écrit pour Minetti ?
G. S. : Car je pense que Serge Merlin est peut-être le seul comédien français à avoir l’envergure de ce rôle, un rôle écrit pour un interprète d’une dimension exceptionnelle. Il s’agit d’un artiste extrêmement exigeant, qui possède une force dramatique hors du commun. J’ai fait sa connaissance lorsque j’étais assistant de Matthias Langhoff, qui lui avait confié le rôle du Roi Lear, dans les années 1980. Mais je tiens à préciser que je considère vraiment Minetti comme une pièce pour une troupe de neuf comédiens. Aux côtés de Serge Merlin, j’ai donc réuni de remarquables interprètes : Liliane Rovère, Jessica Perrin, François Clavier, Jérôme Maubert, Eve Guerrier, Olivier Mansard, Fabien Marais et Irina Solano.
 
Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat  


Minetti, portrait de l’artiste en vieil homme, de Thomas Bernhard ; mise en scène de Gerold Schumann. Le 30 septembre et le 2 octobre 2009 à 20h30, le 1er octobre à 19h30. L’Apostrophe – Théâtre des Louvrais, place de la Paix, 95300 Pontoise. Réservations au 01 34 20 14 14. Reprise du 8 au 24 octobre 2009, à l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet. Rés 0153051919.

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