La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Frédéric Vossier

Frédéric Vossier - Critique sortie Théâtre
Légende : « L’auteur de théâtre Frédéric Vossier. »

Publié le 10 mars 2012 - N° 196

Sexualité et subjectivité

Frédéric Vossier pose la question du mythe de la femme-objet et de la volonté bafouée de puissance virile. Une interrogation brûlante et très contemporaine à travers un vif échange verbal entre deux hommes.

Comment a vu le jour ce projet d’écriture pour le moins singulier ?

Frédéric Vossier : Joseph Danan m’a confié l’animation d’un atelier d’écriture à Censier. J’ai travaillé sur des visuels de l’actrice américaine Jayne Mansfield, un sex-symbol des années 1950. J’ai rassemblé des photos sur le net, en sélectionnant celles qui pouvaient relever d’un potentiel dramaturgique, et en écartant les photos à caractère érotique. Ce dispositif d’atelier a donné jour à l’espace de Ciel ouvert à Gettysburg, dans lequel les individus sont évalués par rapport à la charge affective développée quand ils voient des photos suggestives. Jean-François Auguste met en scène cet atelier d’évaluation un peu futuriste.

C’est l’examen de la vulnérabilité masculine devant une photo de femme.

F. V. : Un homme est interrogé sur sa capacité à réagir et s’émouvoir devant une photo de femme. L’homme voit ensuite la femme passer d’un statut photographique à un statut réel. Elle surgit devant lui, puis apparaît avec un autre homme qui pourrait avoir l’âge de son père. Une relation de séduction s’établit entre les deux figures dont l’observateur est témoin. L’interrogateur initial propose enfin un dernier examen à son interlocuteur : qu’a-t-il vécu en étant ce témoin ? L’homme plus âgé pleurant, seul et nu, termine la pièce. La part de mystère reste entière. L’univers est imaginaire et abstrait. Est-on dans une agence matrimoniale, un bordel, une télé-réalité, un jeu télévisé, un simple jeu propre à notre civilisation du jeu ?

« Un labyrinthe kafkaïen, dès que l’on parle de pouvoir, c’est-à-dire de sexe. »

La plupart de vos textes portent sur la question de la sexualité…

F. V. : Je me suis penché sur les concepts de la philosophe post-derridienne Beatriz Preciado, dont l’un qu’elle intitule le capitalisme « pharmaco-pornographique ». Du capitalisme originel, puritain et restrictif, fondé sur la force de travail qui doit se déchaîner pour qu’il y ait de la plus-value, on est passé, à partir des années de l’après-guerre, à un capitalisme hédoniste, porté sur la jouissance, un mixage entre le capital, les technologies, le plaisir et la sexualité. La fondation du magazine Play-Boy illustre ce consumérisme sexuel. Et la télé-réalité, de la même façon, fabrique artificiellement de l’intimité, même si elle ne va pas jusqu’à mettre les corps à nu.

L’excitation sexuelle serait l’un des vecteurs du capitalisme.

F. V. : Les questions sont innombrables. Comment rendre compte de la façon dont le pouvoir s’approprie le sexe ? Comment fabrique-t-on de la subjectivité à partir de la sexualité et de l’évaluation des univers affectifs et émotifs des individus ? C’est un labyrinthe kafkaïen, dès que l’on parle de pouvoir, c’est-à-dire de sexe. L’injonction est celle-ci : Dites qui vous êtes, quand vous regardez une femme, ou ce que vous êtes capable de faire quand vous la rencontrez… À bon entendeur, salut !

Propos recueillis par Véronique Hotte


Ciel ouvert à Gettysburgh, de Frédéric Vossier ; mise en scène de Jean-François Auguste. Du 8 mars au 5 avril 2012. Mardi 19h, du mercredi au samedi 20h, et samedi 16h, relâche dimanche et lundi, sauf les 12 mars et le 2 avril. Théâtre Ouvert, 4 bis cité Véron, 75018 Paris. Tél : 01 42 55 55 50.

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