La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Festival

Frédéric Fisbach

Frédéric Fisbach - Critique sortie Théâtre

Publié le 10 juin 2007

Au-delà de la représentation
Quatrième artiste associé par Vincent Baudrier et Hortense Archambault à leur programmation, Frédéric Fisbach reprend à Avignon sa mise en scène des Paravents et crée dans la Cour d’honneur les Feuillets d’Hypnos de René Char. Entre vociférations subversives de l’Algérie et murmures résistants du maquis, Fisbach interroge le lien entre réel et spectaculaire au cœur et aux marges de la représentation.

Comment envisagez-vous votre association à l’édition 2007 du Festival d’Avignon ?

Frédéric Fisbach : De façon paradoxale, j’arrive à Avignon à un moment où je suis en train de m’éloigner de la mise en scène de théâtre, avec l’envie de faire autrement, ailleurs. Je sors de la réalisation d’un film et le projet du 104 rue d’Aubervilliers à Paris, futur centre artistique, me pousse à envisager mon rapport à la création de façon différente. J’ai choisi de présenter Les Paravents qui est un geste de mise en scène rond, plein, abouti et qui pourtant aujourd’hui ne m’intéresse plus, même si je suis content de le reprendre pour mesurer sa capacité à tenir dans le temps et à réactiver ses effets. En même temps, j’ai voulu prendre un nouveau chemin et les Feuillets d’Hypnos, texte que j’ai toujours beaucoup lu, s’est imposé quand j’ai décidé de partir du contexte et non pas d’un texte. La Cour en juillet 2007 : qu’y faire ? Avignon sera la première grande manifestation culturelle après les élections. Que dire à ce moment-là, dans cette situation-là ?

Pourquoi avoir choisi les Feuillets d’Hypnos ?

F. F. : J’envisage ce texte moins comme un témoignage historique que comme une tentative de transmission d’une éthique, d’une façon d’être au monde et avec les autres en se tenant droit. Ce texte magnifique et exemplaire est doté d’une structure littéraire étonnante. A l’origine c’est un cahier de notes que Char a passé au tamis pour y sélectionner 237 feuillets, pour la plupart extrêmement courts (des aphorismes, de courts poèmes, des témoignages, des micro-fictions documentaires), qu’il a édités en 1947, puisqu’il a été un des rares à refuser d’éditer pendant l’Occupation. Or 47, c’est la première édition de ce festival « né de l’idée d’un poète » disait Vilar, puisque c’est Char qui a soufflé le nom de Vilar à Zervos pour associer le théâtre à sa grande exposition d’art contemporain.

« En des moments de crise, une société se reconstruit à partir de sa marge et non pas de son centre. »

Une centaine d’amateurs monteront sur scène. Pourquoi ce choix ?

F. F. : C’est toujours très difficile d’ancrer une représentation dans l’endroit où elle se déploie. J’ai voulu travailler avec des amateurs, comme je l’ai déjà fait, pour retrouver ce côté débonnaire et un peu jeté des premières éditions d’un festival devenu mythique. J’ai voulu retrouver une proximité historique avec ce projet fondé sur l’idée née dans la Résistance que si on donnait à tous l’accès à la culture, ce qui avait conduit à la guerre ne recommencerait jamais. Aujourd’hui, il semble que plus personne ne considère que penseurs et artistes peuvent accompagner la société, comme si la notion de progrès avait disparu. Dans la Résistance, soufflait un vent libertaire : ce moment terrible a été un moment de fraternité et d’exaltation insensée. Les premiers résistants n’étaient pas toujours des gens très politisés mais des êtres au bord, en marge, pas forcément des déshérités mais des êtres du ban : c’est assez beau de se dire qu’en des moments de crise, une société se reconstruit à partir de sa marge et non pas de son centre.

En plus de jouer dans la Cour d’honneur, vous vous y installez nuit et jour. Pourquoi ?

F. F. : La prise de parole doit se faire à partir de quelque chose de très concret. Pour créer une situation qui ne soit pas fictionnelle, j’ai donc proposé à l’équipe d’habiter dans la Cour d’honneur le temps des représentations, afin de constituer une communauté, de désacraliser le plateau en y invitant les spectateurs tout au long de la journée, en y accueillant des intellectuels, en y proposant des moments de pratique et d’écoute, visant à installer une sorte de rapport de méditation à ce texte, en faisant un bout de chemin avec lui. La représentation est ainsi prise dans un processus beaucoup plus large qui la dépasse, ce qui est exactement le projet de notre installation au 104, lieu que nous chercherons à rendre le plus poreux possible.

A propos de l'événement

Avignon 2007


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