La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

François Morel et Juliette

François Morel et Juliette - Critique sortie Théâtre
Légende : François Morel/Juliette Crédit photo : Georges Lambert /Eric Vernazobres

Publié le 10 septembre 2011 - N° 189

Deschiens en lions

Le Soir des lions transforme l’acteur chroniqueur François Morel en auteur interprète. Mis en scène par Juliette, le compagnon des Deschiens mêle l’improvisation à ses chansons personnelles dans un spectacle aux multiples facettes.

On vous connaît assez peu comme chanteur, ce spectacle révèle-t-il un nouveau François Morel’

François Morel :
A la fois, je suis sur scène le personnage que les gens ont envie de venir voir, et en même temps, je crois que le spectacle est surprenant, que j’y dis des choses plus graves, plus mélancoliques et plus drôles aussi. En fait, on me dit touche-à-tout, mais il y a une cohérence entre mes différentes activités : je joue et j’écris. Et je cherche des supports différents.
Juliette : Dans sa tribune radiophonique, François laisse déjà beaucoup transparaître ce qu’il est. Mais le plus important dans ce spectacle, c’est sans doute ce qu’il dit de notre intimité, de notre vie à nous, spectateurs. Ça m’énerve quand on dit que c’est un chanteur amusant. Il est aussi très émouvant. On est dans du sensible, de l’émotion, avec quelque chose de drôle qui fait toujours partie du décor. Finalement, sa parenté, c’est Shakespeare !

Dans quelle filiation vous inscrivez-vous en tant que chanteur ?
 
F.M : J’ai beaucoup écouté Brassens, mais côté spectacle, il était plutôt minimaliste. Et puis, ses chansons sont d’une perfection telle que c’en est décourageant. Boris Vian m’inspire beaucoup aussi, notamment pour sa liberté d’écriture. En fait, je m’amuse à mettre des mots ensemble qui sonnent bien, et si le fond est correct aussi, je suis content.
Juliette : C’est difficile de définir François comme auteur-interprète. Disons qu’il n’est pas juste drôle, pas juste triste, pas juste mélancolique. Mais c’est difficile de le rapprocher d’autres chanteurs. Il a quelque chose de très particulier qui s’inscrit dans le registre de la chanson théâtrale.

« Avec Juliette, on s’est vraiment rencontré : moi pour me rapprocher de la chanson, elle pour se rapprocher du théâtre. » F. M.

Comment a fonctionné votre collaboration ?

Juliette :
Je crois qu’on a la même vision de ce qu’est la chanson : quelque chose d’à la fois très léger et d’une grande importance. Et sur le fait qu’on ne veut pas laisser les gens sur une seule impression. C’est là qu’est notre fraternité. Concrètement, je suis intervenue sur la mise en scène essentiellement : le décor, les situations, l’ordre des chansons. Mais pour ce qui est du texte entre les chansons, on est dans un registre commedia dell’arte : un canevas et beaucoup de place pour l’improvisation.
F.M : Sur scène, j’essaye de ne pas oublier que je suis comédien. Avec Juliette, on s’est vraiment rencontré : moi pour me rapprocher de la chanson, elle pour se rapprocher du théâtre. L’idée, c’est de faire une sorte de music-hall, un spectacle généreux où chacun a une place. C’est pourquoi dans le spectacle, je suis aussi entouré de musiciens qu’on va remarquer.

François Morel, vous avez dans le monde du théâtre une trajectoire singulière, à la fois populaire et dans une forme d’ « élitaire pour tous » ?

F.M :
Jean Carmet disait : « quand je ne sais pas quoi dire, je dis que je viens d’un milieu populaire ». C’est vrai que je suis plus connu que certains artistes du théâtre subventionné mais je suis aussi inconnu de beaucoup de gens ! En fait, je me sens proche d’une aristocratie populaire : je viens d’un milieu populaire et je suis content qu’on pense que populaire ne rime pas avec vulgaire. Populaire, c’est un mot qui me va bien. Je me sens à l’aise avec ça. Et jouer à Aubervilliers, dans le théâtre de Didier Bezace, c’est aussi une reconnaissance de ce point de vue.

Finalement, assiste-t-on à un spectacle politique dans la lignée de vos chroniques ou est-on dans le registre plus personnel auquel mènent souvent la poésie et la chanson ?

F.M :
Mes chroniques sont déjà une expression de mon intimité. Comme l’était le personnage de Monsieur Morel des Deschiens. On se dévoile toujours d’une façon détournée, et à force d’écrire, je crois que je dis de plus en plus de choses sur moi.
Juliette : Dans ce spectacle, on rentre dans la bulle de François Morel, mais toujours avec son art de la distanciation.
Propos recueillis par Eric Demey


Le Soir des Lions, spectacle de et avec François Morel. Du 21 au 25 septembre au Théâtre de la Commune. 2 rue Edouard Poisson à Aubervilliers. Réservations : 01 48 33 16 16.

A propos de l'événement



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