La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Franck Lepage

Franck Lepage - Critique sortie Théâtre
Crédit : DR

Publié le 10 mars 2010

Un pavé dans la mare

Le Grand Parquet invite pour un mois Franck Lepage (ancien « prophète salarié » devenu « clown-consultant ») et ses acolytes du Pavé pour cinq Conférences gesticulées. Le but est de déconstruire l’idéologie capitaliste, ses effets et ses méfaits et de rendre au peuple, par la connaissance, les moyens d’une émancipation joyeuse. Après une première conférence sur l’éducation populaire en février, quatre rendez-vous sont programmés en mars. A ne surtout pas rater !

Ne craignez-vous pas l’accusation de poujadisme pour votre attaque des formes culturelles actuelles ?
Franck Lepage : Le début de la conférence peut faire penser que c’est un discours réactionnaire et je comprends qu’on soit un peu paniqué… Mais il faut attendre la suite ! Il y a deux principaux aspects dans cette conférence sur l’éducation populaire : la question de la culture et celle du langage. Sur la question de la culture j’essaie de ramener de l’historicité qui permet de comprendre que la culture est un rapport de forces. Or, quand on parle de culture, on pénètre dans l’ordre du sacré et de l’intouchable ! Qui est fâché par ces conférences au fond ? Les cultureux, ceux qui se sont construit une niche dans la culture. Mais les « sociocultureux », constamment méprisés, sont contents de les entendre !
 
Qui sont les responsables de la situation que vous dénoncez ?
F. L. : La droite a installé une séparation obscène entre la culture et le socioculturel, réduit à une vague animation qui pue la merguez. Ce qui est aberrant c’est que la gauche réactive ça ! Je n’ai pas de problème particulier à subir la théorie de l’art pour l’art sous un régime de droite, mais que la gauche s’empare de cette idéologie qui a érigé la culture en sacré… Jean-Paul Curnier a bien montré que le Ministère de la Culture a créé une esthétique officielle et que bien qu’il s’en défende constamment, il juge des spectacles sur le fond. D’où cette esthétique des scènes nationales qui expulse systématiquement le sens : dès que l’art se met à désigner la réalité, il est immédiatement accusé de jdanovisme…
 
« Le but est de fabriquer du temps de cerveau humain disponible pour la révolution ! »
 
Théorie du complot alors ?
F. L. : Il y a deux erreurs à commettre par rapport au complot : le voir partout et n’en voir nulle part. Il suffit de lire Bourdieu pour comprendre que la culture est l’arme de la domination et du système de légitimation. D’ailleurs, si on veut retrouver ce que je dis de façon sérieuse, il faut lire L’Invention des politiques culturelles de Philippe Urfalino. J’ai travaillé dans le socioculturel et c’est à partir de cette expérience professionnelle que j’ai entrepris de redonner des clefs d’explication au public en faisant aussi en sorte que les gens s’emparent de cette méthode, comme nous le faisons dans le cadre de l’atelier organisé au Grand Parquet.
 
Qu’est-ce selon vous que l’éducation populaire ?
F. L. : Son concept est non fixé et donc totalement appropriable. Attac peut prétendre en faire, tout comme Familles de France ! Françoise Tétard, historienne de cette notion, me reproche d’amplifier le rattachement de l’éducation populaire au Ministère de la Jeunesse et des Sports et elle ne trouve pas de traces de ce que je raconte dans les archives. Mais les archives ne recensent que la langue de bois ! La notion d’éducation populaire est enracinée dans la Révolution française et dans cette idée qu’est citoyen celui qui se construit comme volonté politique. Le citoyen est donc celui qui participe au combat politique. Mais il y a un clivage idéologique autour de cette idée et une bagarre d’appropriation du concept selon qu’on considère que l’éducation s’arrête là où commence la politique ou qu’elles marchent ensemble. L’horrible ambiguïté de ce terme tient aussi au fait qu’on l’entend d’abord comme éducation du peuple et donc domestication des prolos. Or, l’éducation doit être populaire dans sa forme : rendre les formes d’appropriation populaires, c’est faire en sorte que les gens puissent construire du savoir utile contre la domination.
 
Tel est donc le but de ces Conférences gesticulées
F. L. : C’est très clairement une forme de vulgarisation politique afin de montrer qu’on peut fabriquer des savoirs à partir de son expérience. Quand je disais ce que je raconte sur scène de façon sérieuse, personne ne m’écoutait… Ce qui fonctionne c’est le mélange d’analyse et d’émotion qu’on ne retrouve pas dans la figure de l’expert. Le but est de fabriquer du temps de cerveau humain disponible pour la révolution !
 
Propos recueillis par Catherine Robert


 
Les Conférences gesticulées de la SCOP « Le Pavé » (coopérative d’éducation populaire). Du 17 février au 17 mars 2010. Le 3 mars à 20h, Inculture(s) 4 : Faim de pétrole, vive la grande déplétion. Une autre histoire de l’énergie. Le 10 mars à 20h, Inculture(s) 5 : Travailler moins pour gagner plus ou l’impensé inouï du droit du travail. Le 14 mars à 19h, Inculture(s) 3 : Chez moi on ne parlait pas politique à la maison. Une autre histoire de l’engagement. Le 17 mars à 20h : Inculture(s) 2 : Et si on empêchait les riches de s’instruire plus vite que les pauvres ? Une autre histoire de l’éducation. Le Grand Parquet, 20bis, rue du Département, 75018 Paris. Renseignements sur les ateliers ouverts au public autour des Conférences gesticulées et réservations au 01 40 05 01 50 et sur www.legrandparquet.net A consulter également, le site du Pavé : www.scoplepave.org

A propos de l'événement



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