La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Classique / Opéra - Entretien

Quatuor Diotima, 4 garçons dans le temps

Quatuor Diotima, 4 garçons dans le temps - Critique sortie Classique / Opéra Paris Théâtre des Bouffes du Nord
QUATUOR DIOTIMA

Interprètes engagés / MUSIQUE DE CHAMBRE / BOUFFES DU NORD

Publié le 23 octobre 2013 - N° 214

Le parcours de cet exceptionnel quatuor à cordes français, fondé en 1996 par des musiciens issus des CNSM de Paris et Lyon, est marqué par un engagement fort dans le domaine de la musique contemporaine. Les Diotima – Yun-Peng Zhao et Guillaume Latour   (violons), Franck Chevalier (alto) et Pierre Morlet (violoncelle) – reviennent de Tokyo où ils ont joué un programme 100% Toshio Hosokawa, se préparent à créer prochainement à Paris une œuvre de Gérard Pesson, et pas moins de huit premières mondiales sont à son programme dans les prochains mois… 

 “Il est impossible de jouer de nouvelles pièces sans en connaître leurs racines.  ”

Comment est né cet intérêt particulier de votre Quatuor Diotima pour la musique de notre temps? 
Franck Chevalier : On peut dire que la création contemporaine est dans notre ADN ! Quand nous avons décidé de former notre quatuor, l’idée était de permettre à nos amis compositeurs d’entendre leurs oeuvres dans les meilleures conditions possibles. Le choix de notre nom, « Diotima », fait référence au quatuor de Luigi Nono, et reflète donc cet engagement. Puis, nous nous sommes rendus compte qu’il est impossible de jouer de nouvelles pièces sans en connaître leurs racines. Nous avons donc commencer à étudier les références de la musique d’aujourd’hui : la deuxième école de Vienne, Bartok, etc.. puis les racines de cette musique, Brahms, et surtout Beethoven. Bref, nous avons fait la démarche inverse de la plupart des autres formations ! Relier les oeuvres entre elles, montrer qu’il n’existe pas la musique contemporaine d’un coté, et la musique de répertoire de l’autre, et que cette distinction est souvent absurde. Cela répond aussi à notre conviction qu’il est important de donner toute sa place aux jeunes créateurs d’aujourd’hui, et qu’il ne faut pas nous laisser étouffer par notre passé ! A ce titre, la rencontre avec Helmut Lachenmann, l’immense compositeur allemand, a été vraiment décisive.

Fréquenter la musique de notre temps influence-t-il votre approche de la musique de répertoire des XVIIIe ou XIXe siècles ?

F. C : Très certainement ! Travailler régulièrement avec des compositeurs révèle leurs préoccupations constantes, et dessine en quelque sorte des invariants, comme par exemple le tempo. La pensée non articulée allant toujours plus vite que la parole, tous les compositeurs indiquent des tempos plus rapides que ce qu’ils souhaitent entendre. Et cela s’applique certainement aux compositeurs du passé. Notre façon de travailler nous met aussi dans un état d’esprit assez différent dans notre rapport aux oeuvres : nous nous imaginons dialoguer avec Schubert ou Beethoven, ce qui est d’une exigence folle, mais aussi un impératif catégorique ! Nous devons nous hisser à ce niveau, ce qui bien sûr quasi impossible. Il est fondamental de s’abstraire, ce que l’on ne peut jamais faire complètement, de l’interprétation d’autres quatuors, pour retrouver une approche plus personnelle de ces compositeurs. Et fréquenter la musique d’aujourd’hui aide très certainement à trouver un regard plus neuf, plus direct, dégagé des simples contraintes d’interprète. Lors d’un concert, écouter une oeuvre nouvelle, puis une oeuvre du passé révèle souvent l’incroyable modernité de la musique historique. Cela éclaire, en renouvelant l’écoute, des aspects différents de ces chefs-d’oeuvre du passé. En ce sens, la composition d’un programme de concert est fondamentale. Ecouter Berg, Pesson puis Schubert, comme dans notre prochain concert aux Bouffes du nord, sera, nous l’espérons, l’occasion de porter un regard nouveau sur l’immense et sublime quintette.

 

Propos recueillis par Jean Lukas.

A propos de l'événement

QUATUOR DIOTIMA
du Lundi 25 novembre 2013 au Lundi 25 novembre 2013
Théâtre des Bouffes du Nord
37 bis Boulevard de la Chapelle, 75010 Paris
Lundi 25 novembre à 20h30. Tél. 01 46 07 34 50 Programme : Quatuor op. 3 de Berg, création française du Quatuor n° 3 de Gérard Pesson (né en 1958) et Quintette à cordes en ut majeur, D. 956 de Schubert avec Anne Gastinel (violoncelle).
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