La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -272-Pôle de danse verticale

Utopie et réflexions

Utopie et réflexions - Critique sortie Danse Charenton-le-Pont
Diagonales Ascendantes, résidence Université Paris 13, Villetaneuse, création 2019. © Olivier Penel

Entretien Fabrice Guillot

Publié le 11 janvier 2019 - N° 272

Pionnier de la danse verticale, chorégraphe et directeur artistique de la compagnie Retouramont, Fabrice Guillot explicite son parcours de créateur.  

Qu’est-ce qui vous a conduit à la pratique de la danse verticale ?

Fabrice Guillot : Au départ, j’étais grimpeur. Les premières lignes verticales qui ont attiré mon attention, ce furent les falaises. Plus elles paraissaient infranchissables, plus elles étaient provocantes, car le grimpeur éprouve une espèce d’intolérance à l’obstacle, un peu comme ce qu’exprime Henri Michaux dans le poème L’attaque de la montagne, lorsque la colère d’un homme le jette contre « cette grosse gêneuse de montagne ». Dans une ascension, il y a quelque chose de cet ordre-là. La verticalité oblige à réaliser un condensé de toutes nos énergies : il faut observer, analyser, inventer des gestes et des trajectoires qui n’étaient pas prévisibles. Puis j’ai transposé ma pratique dans un environnement urbain, en cultivant le plaisir de transcender les limites physiques et réglementaires des villes. Cette idée de franchissement des limites est pour moi directement reliée à l’art, qui toujours fait naître des ouvertures. La danse verticale explose les codes et embrasse l’espace : le mur devient un terrain de jeu ouvert à la danse, et la ville offre alors un potentiel où inscrire des narrations nouvelles, inattendues, dans des espaces jusqu’alors inutilisés.

« La danse verticale explose les codes et embrasse l’espace. »

Comment votre écriture de la danse verticale a-t-elle évolué  ?

F. G. : A travers diverses étapes. Pendant presque une vingtaine d’années, nous avons mené un projet de l’ordre de la performance qui s’appelait « réflexion de façades ». Puis j’ai voulu maîtriser et inventer une écriture, prendre le temps de créer des pièces pour l’espace public. Nous avons créé la compagnie en mai 1989, et les pièces de notre répertoire tournent en France et à l’étranger. Elles induisent chaque fois l’invention d’un agrès spécifique, parfois d’objets qui se greffent dans l’architecture. Comme les actions culturelles que nous organisons, ces pièces ne sont pas des créations in situ, elles peuvent toutes s’adapter à des lieux très différents, en dialogue avec le site et dans une économie de moyens qui évite des montages trop contraignants.

Quelle est la création programmée ce printemps ?

 F. G. : Ma démarche artistique s’oriente de plus en plus vers l’utilisation d’agrès mobiles. Avec mon collègue directeur technique Olivier Penel, j’ai créé pour cet opus une pyramide qui s’écarte du mur, où habitent deux magnifiques danseuses au parcours exceptionnel, Cybille Soulier et Fanny Gombert. Diagonales ascendantes évoque les stratégies que le corps humain est obligé d’imaginer pour évoluer à la verticale, grâce à des courbes ou diagonales. Nous travaillons entre un premier plan et un second plan, dans un jeu surprenant de trajectoires qui bifurquent à tout instant.

D’autres projets sont-ils prévus ?

 F. G. : Nous créerons en 2020 La Drôle de traversée, qui questionne la mobilité dans l’espace public urbain. A cette fin, nous avons construit en collaboration avec l’urbaniste du mouvement Stéphane Lemoine un nouvel agrès qui se déplace au sol et s’élève à la verticale grâce à l’action des danseurs. Ce prototype rappelle les véhicules utopiques du XIXème siècle. Nous mettons en place aussi tout au long de l’année un travail de terrain qui fait sens. Nous avons rencontré plusieurs structures dont lInstitut National des Sciences Appliquées de Lyon, le service culturel de l’université Paris 13, et noué des partenariats avec notamment la ville de Villetaneuse, l’établissement public territorial Plaine Commune. Dans le prolongement des pièces, ces actions renouvellent et interrogent la perception de soi et les manières d’habiter la ville.

 

Propos recueillis par Agnès Santi

A propos de l'événement

Diagonales Acsendantes
du Vendredi 17 mai 2019 au Vendredi 17 mai 2019

197 rue de Paris, 94220 Charenton-le-Pont.

création le 17 mai sur le site de la Bibliothèque nationale de France dans le cadre du Festival Temps Danse de la Coopérative 2r2c.


 


Tél : 01 43 96 95 54.  www.retouramont.com


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