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Focus -291-Ars Nova

Une dynamique fondée sur l’écoute, le partage et la créativité, rencontre avec Benoît Sitzia

Une dynamique fondée sur l’écoute, le partage et la créativité, rencontre avec Benoît Sitzia - Critique sortie
Répétition au TAP © Stéfanie Molter

ENTRETIEN
Benoît Sitzia

Publié le 17 août 2021 - N° 291

Directeur général d’Ars Nova, formation « dédiée corps et âme aux pratiques musicales créatives », Benoît Sitzia présente les lignes directrices de son projet.

Comment avez-vous « rencontré » Ars Nova et comment concevez-vous votre rôle de directeur général ?

Benoît Sitzia : Ma rencontre avec l’ensemble s’est d’abord faite par le biais de ses musiciennes et musiciens. Au fil de nos échanges, j’ai découvert un groupe incroyablement soudé et attaché à l’histoire, aux valeurs et à l’avenir de leur ensemble. Mon rôle est de porter et de concevoir un projet global qui crée un corrélé fort et cohérent entre les objectifs artistiques et le développement structurel de l’ensemble, tout en mettant en avant la singularité de cette formation dédiée corps et âme aux pratiques musicales créatives.

Comment décrire le projet général que vous avez à l’esprit et l’impulsion que vous souhaitez donner à Ars Nova cette saison et les suivantes ?

B.S. : La dynamique générale de l’ensemble se fonde sur des projets musicaux créatifs pluriels, tant du point de vue esthétique que des formats, au sein desquels nous déployons des stratégies fines de communication permettant d’accroître l’impact de nos créations sur les publics et sur l’écosystème partenaire d’Ars Nova. Cela passe autant par le choix des œuvres que par le contexte que nous arrivons à créer pour leur transmission. En cultivant des formats attractifs et diversifiés proches des personnes, nous participons à l’essor d’une vision ouverte et accessible de nos répertoires. Cette pensée à « 360° » de la vie des œuvres et des pratiques existe aussi bien dans notre conception de la création, production et diffusion, que dans notre approche de l’éducation artistique et des droits culturels. L’ensemble entre dans une nouvelle période de vie et de créativité. Projeter cette institution dans l’avenir tout en s’emparant pleinement de son histoire et de son patrimoine est un challenge audacieux et passionnant.

« La dynamique générale de l’ensemble se fonde sur des projets musicaux créatifs pluriels, tant du point de vue esthétique que des formats. »

Vous avez en ligne de mire la célébration des 60 ans de l’ensemble, en 2023. Ars Nova est à la fois un ensemble « historique » et un projet qui semble entièrement recomposé…

B.S. : Il me semble que le paradoxe que vous pointez est inscrit dans le nom même de l’ensemble ! Ars Nova désigne autant une période historique archivée de la musique que l’art nouveau en lui-même.  Cette pensée à double entrée, ou devrais-je dire sphérique du temps, est au cœur de ce que nous défendons aujourd’hui : la création éclaire le répertoire autant que le répertoire inspire la création. Je n’ai absolument aucune prétention quant à une éventuelle tabula rasa. Bien au contraire, j’ai la sensation que nous avons amorcé une évolution qui se nourrit pleinement de l’esprit et des intentions qui ont donné vie à l’ensemble. Ars Nova a été créé grâce à une vision artistique et un projet, celui de Marius Constant, au compagnonnage d’une équipe artistique engagée et à la mutualisation des moyens de partenaires convaincus de la nécessité de porter une telle dynamique.

Vous souhaitez développer la présence digitale et numérique d’Ars Nova. Pourquoi et comment ? 

B.S. : Le digital et le numérique ont pris une place stratégique dans notre secteur d’activité. Ces outils nous offrent des opportunités créatives dont nous nous sommes emparé pour défendre la diversité de la création musicale, avec notamment notre projet « Mosaïque ». Notre prochain projet en ce sens, intitulé « White Box Masterclass », permettra d’utiliser les technologies d’incrustation 3D pour développer une série de vidéos interactives montrant toutes les phases de travail d’une œuvre avec un compositeur ou une compositrice d’aujourd’hui.

Pourquoi êtes-vous attaché à la participation des musiciens de l’ensemble à son projet ?  

B.S. : Ils constituent la première ressource, les actifs artistiques et humains d’un ensemble. Il me semble impératif de les intégrer pleinement dans le travail de construction et de développement du projet global tant leurs points de vue et leur expertise concrète du terrain et du plateau sont précieux. C’est pourquoi nous avons créé ensemble un Comité Artistique Participatif et une délégation représentative auprès du Conseil d’Administration. Cela permet d’entretenir un dialogue artistique et social structuré et sincère, qui est un atout pour la vie de l’ensemble. Je pense que notre filière doit sortir de certains archaïsmes qui ignorent la valeur ajoutée des connaissances et savoir-faire des artistes et techniciens. Dans un secteur d’activité autre, il ne viendrait jamais à l’esprit d’un chef de projet de se passer de l’expertise de ses maîtres d’œuvre !

Ars Nova est basé à Poitiers, rayonne sur toute la région Nouvelle-Aquitaine, et a tourné dans le monde entier. Où situez-vous le terrain de jeu prioritaire de l’ensemble ? 

B.S. : Notre périmètre d’action est d’abord déterminé par le rayon d’impact de nos projets. En cela, la Nouvelle-Aquitaine reste un territoire privilégié, d’autant que notre statut de formation associée au TAP-Théâtre Auditorium de Poitiers nous offre un cadre de collaboration idyllique et audacieux. Nous développons également des axes de collaboration que nous souhaitons pérennes tant au niveau national qu’européen, aussi bien pour nos tournées de création que pour le soutien aux artistes émergents. C’est le sens de notre collaboration avec le programme de mentoring de la Fondation Peter Eötvös à Budapest, avec l’European Creative Academy à Annecy et plus prochainement avec le Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris sur la question de l’insertion professionnelle des compositrices et compositeurs en fin de cursus. Nous voulons éviter au maximum les actions ponctuelles pour imaginer des dynamiques vertueuses et durables. Celles ayant un réel impact pour les artistes et les publics sont aujourd’hui une priorité.

 

Propos recueillis par Jean Lukas

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