La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -151-branly

Stéphane Martin,

Stéphane Martin, - Critique sortie Théâtre

Publié le 10 octobre 2007

a complémentarité des points de vue contre l’enfermement panoptique

Stéphane Martin est président du musée du quai Branly depuis sa création. Retour sur la construction d’un musée culturellement novateur et outil de rénovation scientifique.

Comment le musée du quai Branly est-il né ?

Stéphane Martin : La décision de construire ce musée est au départ politique et répond à la vision de Jacques Chirac inspirée par Jacques Kerchache. Sa caractéristique principale est d’avoir été construit très vite, ce pourquoi il est en phase avec son temps et ressemble à bien des égards au Centre Georges-Pompidou : un projet mené au pas de charge, en accord avec les questions de son temps car presque en avance sur elles. Depuis 2000, on assiste à une accélération considérable de la conscience que nous devons apprendre à habiter ensemble cette planète : le musée du quai Branly est mieux à même de répondre à cette préoccupation que le musée de l’Homme qui concrétisait le rêve du 19e siècle de constituer un grand herbier du monde. On sait aujourd’hui qu’on ne peut pas comprendre le monde à travers la grille d’une seule culture, celle née il y a deux mille ans autour du bassin méditerranéen. D’où la nécessité de ce grand musée qui remet les cultures non européennes en perspective avec la culture européenne déjà largement présentée par d’autres musées.

Quelles différences entre le musée du quai Branly et l’ancien musée de l’Homme ?

S. M. : Un musée gardien d’une collection d’ethnologie ne peut pas être le seul gardien de l’ethnologie ! Le musée de l’Homme était l’héritier de la tradition encyclopédiste, un musée du grand tout, de la grande explication. Si sa collection ethnographique pouvait dire beaucoup sur les cultures originelles des objets présentés, elle ne permettait pas de décrire le contemporain ni de donner une vision historique du regard ethnographique. Par ailleurs, force est de constater que l’attente du public a changé comme a changé la connaissance qu’il a du monde. Aujourd’hui, on entend parler par les médias du monde dans sa diversité. La situation culturelle du public a changé et il n’a pas la même attente sociale vis-à-vis du musée : il ne cherche pas seulement des tableaux et des vitrines mais un lieu où poser des questions et trouver des réponses.

« Un forum culturel et scientifique où on est invité à passer et repasser. »

Comment s’articulent ici le permanent et le temporaire ?

S. M. : La collection permanente du musée représente la moitié de l’espace d’exposition. Elle n’est plus présentée comme la seule représentation possible du monde mais comme une promenade française dans le monde. A l’instar du rapport entretenu au Centre Pompidou entre collection permanente et expositions temporaires, celles-ci constituent autant de gloses autour de la collection, jouant avec elle de manière subtile et permettant ainsi d’aborder la question du contemporain. Egalement repris au Centre Pompidou, le croisement des disciplines et des techniques : ce pourquoi le Théâtre Claude Lévi-Strauss n’y est pas une annexe ou un accessoire. C’est vraiment le cœur du musée, placé à l’endroit le plus noble. On est passé d’un musée de l’offre frontale, entre cours et vitrines, à un musée pensé comme une institution culturelle qui ne fige pas les choses et où la relation avec le visiteur est interactive et construite sur la durée, un forum culturel et scientifique où on est invité à passer et repasser en sachant que chaque passage ne suffira pas à présenter l’ensemble de la chose vue.


Propos recueillis par Catherine Robert


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