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Focus -252-Festival de Saint~Denis

Robin Ticciati et l’Orchestre national de France : une relation intellectuelle et émotionnelle

Robin Ticciati et l’Orchestre national de France : une relation intellectuelle et émotionnelle - Critique sortie Classique / Opéra  Basilique
Légende : Robin Ticciati fait ses débuts au Festival de Saint-Denis. © Davide Cerati

ENTRETIEN / BASILIQUE

Le jeune chef britannique, âgé de 33 ans, découvre la Basilique à la tête de l’Orchestre national de France. Cet amoureux des voix, directeur musical du Festival d’opéra de Glyndebourne, y dirige Le Chant de la terre de Mahler.

Vous retrouvez l’Orchestre national de France, avec lequel vous avez déjà travaillé à deux reprises. Quelle est votre relation avec cet orchestre ?

Robin Ticciati : Travailler avec un orchestre pour la première fois est toujours un moment très fort. Lors de ma toute première répétition avec les musiciens de l’Orchestre national de France [en janvier 2015], je me suis arrêté au milieu du premier mouvement de la Quatrième Symphonie de Mahler et je leur ai parlé de Kandinsky, pour évoquer les lignes et les contrepoints que j’attendais dans cette œuvre. Et tout de suite, j’ai senti que la relation intellectuelle et émotionnelle se mettait en place entre nous, que quelque chose commençait à se construire.

« Notre conception des œuvres évolue à mesure que nous grandissons. »

Aimez-vous éprouver une même œuvre avec des orchestres différents ?

R. T. : Je tiens de mon maître, Sir Colin Davis, une idée essentielle : notre conception des œuvres évolue à mesure que nous-mêmes nous grandissons. Vous pouvez diriger la Septième Symphonie de Sibelius et le lendemain, parce que vous avez vu un paysage sous un éclairage particulier, vous ne ressentez plus l’œuvre de la même façon. Mes interprétations changent, sans que cela ait à voir avec l’orchestre que je dirige. Ce qu’apporte un orchestre, c’est la musicalité propre de ses musiciens. Diriger un orchestre, ce n’est pas simplement dire « je veux tel résultat », c’est aussi recevoir. Le basson de l’Orchestre national n’a pas la même couleur que celui du Deutsches Symphonie-Orchester Berlin : même si ma philosophie de l’œuvre reste constante, elle ne sonnera donc pas de la même façon.

Le lieu du concert influe-t-il sur l’interprétation ?

R. T. : Répondre à l’acoustique d’un lieu est important – et il suffit généralement de quelques ajustements au moment des répétitions – mais cela ne doit pas faire perdre la conception générale de l’œuvre. Le Chant de la terre est une œuvre bouleversante, surtout quand on sait d’où ces pages sont sorties, l’état d’esprit de Mahler en 1907, mais ce n’est pas parce que je la dirige dans une église que je dois en faire un requiem.

Comment voyez-vous Le Chant de la terre ? Comme une symphonie ?

R. T. : Pour Mahler, le recours à des chanteurs, l’utilisation de textes tirés de la poésie chinoise étaient, en un sens, une échappatoire à l’écriture d’une neuvième symphonie. Dans toute son œuvre, Mahler a cherché à élargir la forme symphonique, jusqu’à des dimensions qui lui permettent d’évoquer la nature, le divin, l’univers. Ici, avec les deux « narrateurs », la mezzo et le ténor, nous nous rapprochons un peu de l’opéra, mais aussi de la musique de chambre dans le deuxième mouvement. De toute façon, quand je dirige une symphonie, je ne me dis pas « je dirige une symphonie » ; je le vois plutôt comme un voyage qui va mener quelque part.

 

Propos recueillis par Jean-Guillaume Lebrun

A propos de l'événement

Robin Ticciati et l’Orchestre national de France : une relation intellectuelle et émotionnelle
du Jeudi 8 juin 2017 au Jeudi 8 juin 2017
Basilique
93200 Saint-Denis, France

à 20h30.


 


Festival de Saint-Denis,


Du 30 mai au 30 juin 2017.


Tél : 01 48 13 06 07.


www.festival-saint-denis.com


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