La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -294-Palazzetto Bru Zane

Retour à l’œuvre originelle, rencontre avec Sébastien Troester

Retour à l’œuvre originelle, rencontre avec Sébastien Troester - Critique sortie
Sébastien Troester © Fabio Falzone

« Nous avons opéré une refonte de l’œuvre, désormais beaucoup plus cohérente. »

Entretien

Publié le 21 novembre 2021 - N° 294

Il n’aura pas son nom en haut de l’affiche, mais c’est pourtant à Sébastien Troester que l’on doit la reconstitution historique de la partition quasi intégrale de l’ouvrage. Responsable scientifique des éditions musicales du Palazzetto Bru Zane, il a mené l’enquête.   

« Les redécouvertes sont essentiellement musicales. L’opéra a été sabré au dernier moment par ses propres créateurs, non pas à cause de la censure, mais en raison de l’indigence apparemment reconnue par tous de certains chanteurs. En particulier dans le quatrième acte où la musique était trop difficile pour eux. Ils se sont rendus compte qu’il fallait réécrire une partie de l’œuvre et couper certains passages.  C’est donc le résultat d’un choix pragmatique lié au mauvais déroulement des répétitions. Nos redécouvertes portent sur des parties qui ont été déchirées de la partition. Par miracle, certaines de ces suppressions ont survécu et nous les avons retrouvées. Ainsi, j’ai découvert que le monumental matériel conservé à la Bibliothèque nationale était certainement, bien qu’il n’ait jamais été identifié comme tel, celui qui avait servi à la création. Parce qu’il y a des dates et des dessins, parce qu’on voit que des morceaux ont été barrés, parce qu’on a carrément collé ou cousu de nouveaux morceaux sur ceux prévus au départ.

Près de 45 minutes de musique jamais entendue

J’ai constaté qu’il y avait des morceaux qui n’étaient pas à leur place et d’autres qui n’existaient nulle part jusqu’à présent. Nous avons alors commencé à comparer l’ouvrage connu avec ce que l’on a découvert, et cela ne correspondait pas du tout. Ce n’est qu’au bout de plus de deux ans que nous nous sommes rendus compte que notre travail collectif correspondait en réalité au rétablissement de l’ouvrage original selon la volonté initiale des trois auteurs. Il était d’ailleurs clair pour les connaisseurs de l’œuvre que l’histoire telle qu’elle était parvenue dans la dernière version n’avait ni queue ni tête. Nous avons opéré une sorte de retour aux sources, une refonte de l’œuvre, désormais beaucoup plus cohérente. Les parties inédites représentent un petit tiers de musique inconnue. Il faut inclure tout l’acte 4, les trois finales des actes 2, 3 et 4, deux nouveaux airs dans l’acte 3, un nouvel air dans l’acte 2. Environ trois quarts d’heure de musique. C’est énorme ! »

 

Propos recueillis par Jean-Luc Caradec

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