La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -236-LE TRAIN THÉȂTRE

Résidences principales

Résidences principales - Critique sortie Jazz / Musiques Portes-lès-Valence Le Train Théâtre
Légende : La noire fraîcheur d’Agnès Bihl, poupée redoutable, sans cire et pleine de sons. © Mathieu Faury

GROS PLAN / CREATIONS

Publié le 25 septembre 2015 - N° 236

Quand programmer ne se résume pas à aligner les beaux concerts, mais à apporter sa pierre à l’édifice artistique : alors que la chanson semble un art musical pérenne, bien ancré dans nos patrimoines, nos goûts et nos quotidiens, elle reste un objet fragile soumis aux aléas d’une économie tiraillée entre les impératifs de rapidité de production et les temps longs nécessaires à la création.

Le Train Théâtre a choisi d’inviter chaque année plusieurs artistes en résidence, le temps de bien faire, de défaire ou refaire, de parfaire. Et, bien sûr, de restituer le fruit de leur labeur artistique sur la scène de Portes-lès-Valence, dont le public a la primeur de ces œuvres scéniques variées et exigeantes. Disposant du plateau du théâtre et de moyens techniques et humains sur plusieurs jours, accueillis et bichonnés par le lieu, ils sont une bonne dizaine cette saison à se voir offrir un véritable espace de travail, un vrai temps de recherche, afin de modeler et finaliser leur projet musical. Créer un spectacle en résidence, c’est prendre le temps de tester les rendus, imaginer un jeu de lumière, concrétiser une scénographie, faire évoluer un travail scénique dans la concertation…

S’octroyer une phase de recul

Un temps mis par exemple à profit par Agnès Bihl (en concert le 15 décembre avec Damien Delisle) pour confier les dernières touches de son spectacle à Yanowski. Et c’est là que peut se nicher la magie, quand une vraie fausse ingénue au mordant légendaire, aux colères redoutables et si profondément humaines, une blonde Bihl qui fait saigner le bonheur d’être humain, passe sous l’œil et la patte d’un géant ténébreux, transfuge du Cirque des Mirages qu’on pourrait croire sorti d’un Tim Burton ou de la Maison Usher… Un Yanowski qu’on aura d’ailleurs applaudi un mois avant (le 10 novembre) dans son propre spectacle.

On retrouve également dans l’exercice le quatuor Entre 2 Caisses qui en profite pour peaufiner « Sous la peau des Filles », une création pensée et travaillée pendant plus d’un an, sous la houlette scénique de Juliette. Un spectacle où seules les plumes d’auteurs femmes seront autorisées… D’Anne Sylvestre à Zaz, de Michelle Bernard à Brigitte Fontaine, de Françoise Hardy à Mélissmell, les quatre hommes vont interpréter l’écriture de l’autre genre, chantant de leurs voix mâles la décisive pensée femelle, accompagnés comme il se doit de leurs multiples instruments – accordéons, clarinettes, contrebasse, guitare, cajon et dulcimer -, suppléments d’âme de ces chantistes savoureusement étranges. Le spectacle inédit se jouera les 5 et 6 février à 20h30.

La chanson sous toutes ses formes

Le mythique Marcel Kanche aura profité de l’été pour créer son concert du 21 novembre, un mois idéal pour écouter ce Saturnien trop libre pour être facile, trop intègre pour être infertile. On l’aura croisé dans des labels jazz avant de le voir s’épanouir chez l’excellent label Irfan en 2008, on l’aura écouté avec à ses côtés les meilleurs musiciens, des Arnaud Méthivier et des Akosh S., des Vincent Segal et des Isabelle Lemaitre… Et c’est « entre marge et page », avec cet involontaire mais précieux pas de côté, que Kanche, immense acteur de la chanson, cultive son décalage sur le fil, qui rend son jeu de scène déroutant mais attachant, sans apprêt mais plein de relief.

Quant à Slash/Gordon, leur travail scénique en résidence frayera avec le théâtre et le jazz contemporain. Habitués des formes théâtrales musicalisées, les quatre musiciens poètes parlent d’une « chanson sans virgule et sans rime » : amoureux des textes d’auteur, inventeurs d’une forme scénique hybride où musique et théâtre fermentent, où l’opéra et le burlesque s’entrechoquent, où l’écriture précise se dispute avec la musique improvisée, où le visage est un instrument et le texte une partition. Une forme concertante classée… inclassable, restituée le mardi 19 janvier.

Durant cette année de créations, le Train Théâtre aura accueilli un petit wagon d’artistes en résidence, tel David Lafore, venu la saison précédente et déjà prévu pour la suivante, après avoir cette fois réinventé sa patte sonore, délaissant la chanson nonchalante pour une pop disco taquine qui se targue de nous faire onduler, drôle sous des airs de ne pas en être. On y croisera Niobé et Romain Didier chantant Lemarque (lire notre entretien avec Romain Didier, ndlr), mais aussi Elsa Gelly, qui vient de restituer son travail de résidence en ouverture de saison. Tout en gardant un pied hors de la francophonie comme aime à le faire le Train Théâtre, avec la chanteuse capverdienne Neuza, en passe de devenir chantre de son île natale de Fogo et qui réchauffera le mois de décembre, et avec l’artiste sélectionné par le Prix Musique Océan Indien, – mauricien, réunionnais ou malgache -, qui jouera en amont du festival des Déferlantes.

Vanessa Fara

A propos de l'événement

d’Agnès Bihl, Marcel Kanche ,Neuza
du Mardi 10 novembre 2015 au Samedi 6 février 2016
Le Train Théâtre
1 Rue Louis Aragon, 26800 Portes-lès-Valence, France

Scène conventionnée chanson, scène Rhône Alpes de l’agglomération VALENCE ROMANS


Tél. 04 75 57 85 46 / Billetterie : 04 75 57 14 55.


Web : http://www.train-theatre.fr


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