La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -157-caratini

Patrice Caratini

Patrice Caratini - Critique sortie Jazz / Musiques

Publié le 10 avril 2008

Un art du vagabondage musical

Caratini aborde avec « De l’amour et du réel » un nouveau projet scénique et discographique en forme de variations sur la formule délectable de la chanteuse avec grand orchestre.

Quelle histoire vous rattache à la chanson réaliste ?
Patrice Caratini : C’est un répertoire que je connais comme tout le monde, ces chansons sont le lit d’une culture populaire qui fait partie de notre histoire à tous. J’ai entendu Edith Piaf tout petit, Fréhel parfois, et je me souviens avoir écouté nombre de vieilles chansons devant le piano de ma grand-mère, sur lequel une partition de Brassens traînait toujours. Je n’ai pas un parcours musical académique et classique. Je suis un autodidacte et mon enseignement artistique s’est beaucoup fait avec les chanteurs. Je me suis replongé dans cet univers par curiosité. Le choix du répertoire s’est fait à partir d’une pré-selection d’une trentaine de titres, épuré par les choix et envies d’Hildegarde et moi-même.
 
« Ces chansons sont le lit d’une culture populaire qui fait partie de notre histoire à tous. »
 
Comment le choix de l’interprète s’est-il porté sur Hildegarde Wanzlawe?
Patrice Caratini : Ce que je cherchais avant tout – et le choix n’est pas si vaste ! – est quelqu’un qui chante juste. Je voulais travailler sur la vocalité, surtout la voix féminine… Quoi de plus émouvant que la voix humaine, base absolue de la musique? Après avoir entendu un enregistrement d’Hildegarde, on a passé un mois ensemble à travailler. Elle a fait un boulot personnel colossal, elle a pris ce projet comme un cadeau. C’est une intuitive, sa justesse est naturellement précise, et sa tessiture est idéale pour ce programme : mezzo-soprano, pas trop grave pour ne pas être « dévorée » par l’orchestre. Elle est douée d’une présence scénique charismatique. Hildegarde Wanzlawe, c’est une sorte de Grace Jones blanche et blonde.
 
« Quoi de plus émouvant que la voix humaine, base absolue de la musique? »
 
Quelle part de plaisir nostalgique avez-vous trouvé dans ce répertoire réaliste?
Patrice Caratini : M’intéresser à la chanson réaliste des années 10 ou 30 semble relativement cohérent avec mon attachement intime au jazz, à l’histoire sociale et artistique du début du XXème siècle. Et ce n’est pas plus nostalgique que de jouer du Cole Porter! Si nostalgie il y avait, ce serait du plaisir d’un chanteur accompagné par un grand orchestre… Je ne dis pas que le rapport public-scène a disparu aujourd’hui, il reste heureusement le fondement même de la musique, mais le niveau d’exigence musicale n’est plus comparable, et je crains que les politiques culturelles actuelles nous fassent abandonner le savoir et l’expérience instrumentaux.
 
Le Caratini Jazz Ensemble déploie un répertoire toujours plus large…
Patrice Caratini : Nous pouvons tout jouer, mais sous certaines réserves : nous nous attachons aux registres issus des grandes musiques populaires et urbaines du XXème siècle. Après onze ans d’existence, l’Ensemble reste mu par l’idée de vagabondage artistique, au gré des circonstances ou d’envies personnelles. Etant donné le temps que je passe sur ce projet, j’ai toujours souhaité y faire avant tout ce que j’aime ! Et comme nous sommes une bande nombreuse, il faut également que tous aient envie de s’approprier mes propositions. La diversité musicale fait partie de l’histoire de cet orchestre, lui-même composé de personnalités très diverses, de parcours autonomes. Et aussi parce que nous souhaitons rencontrer des publics nouveaux, ouvrir les styles à des oreilles neuves, guidés par l’envie et le plaisir.
 
Propos recueillis par Jean-Luc Caradec et Vanessa Fara


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