La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

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Marcel Bozonnet

Marcel Bozonnet - Critique sortie Théâtre

Publié le 10 octobre 2009

Un conte initiatique sur la conquête du pouvoir

Baïbars figure parmi les personnages héroïques de l’histoire moyen-orientale, immortalisé par les conteurs. Marcel Bozonnet adapte à la scène ce grand récit de la littérature arabo-musulmane.

Pourquoi ce personnage ?
Marcel Bozonnet : Je m’intéresse depuis jeune homme au Moyen-Orient, d’abord par le biais politique puis par la littérature arabo-musulmane. Désirant m’y replonger, j’ai découvert Le Roman de Baïbars dans les rayonnages de la bibliothèque de l’Institut du Monde Arabe. Ce texte vient de la culture populaire orale et appartient aux grands cycles narratifs. Les plus anciennes traces écrites datent du 17ème siècle, mais ce sont surtout les conteurs qui transmirent cette histoire oralement. J’avais à cœur de montrer cette œuvre sur la « scène commune », selon l’expression d’Abdelwahab Meddeb, afin de rappeler que la littérature arabo-musulmane participe du concert des grandes cultures du monde, quand les images de la barbarie terroriste qui frappent l’actualité tendraient à le faire oublier.
 
Le roman de Baïbars comprend dix volumes. Comment l’avez-vous adapté ?
M. B. : Même s’il porte sur un personnage historique réel, le roman suit la structure d’un conte initiatique. Nous avons travaillé à partir de la version de Damas, en sélectionnant les épisodes principaux, en isolant les lignes structurelles et les sept figures principales. L’histoire commence par une prophétie qu’un roi voit en songe. Surgit alors Baïbars, l’esclave annoncé, malade, abandonné, puis secouru et adopté par une bienfaitrice. L’adolescent traverse les épreuves initiatiques pour devenir un parfait guerrier. Il triomphe de son ennemi usurpateur, antihéros diabolique, défait les Mongols et arrête les Croisés, puis s’impose puissant Sultan des terres d’Islam.
 
« La littérature arabo-musulmane participe du concert des grandes cultures du monde. »
 
Quel traitement scénique ce conte théâtral appelle-t-il ?
M. B. : La difficulté est d’atteindre la simplicité, les images symboles. L’esthétique et la mise en scène mettent en tension l’archaïque et le contemporain. Sur la scène, presque vide, un cercle de sable dessine l’espace de jeu que se partagent des comédiens arabes et français, tandis qu’une trame sonore électro-acoustique traduit l’atmosphère du merveilleux.
 
Le récit revient en force sur les plateaux de théâtre. Y voyez-vous un signe d’époque ?
M. B. : Le flot continu des images et discours nous jette dans une telle confusion que nous avons peut-être besoin de retrouver un récit structurant, de déchiffrer l’irrationnel. L’histoire me semble aussi le meilleur contrepoint au débat sur l’identité nationale et l’immigration.
 
Propos recueillis par Gwénola David


Baïbars, le mamelouk qui devint sultan, d’après Le Roman de Baïbars, adaptation de Marcel Bozonnet et Judith Ertelet mise en scène de Marcel Bozonnet. Du 2 au 6 mars 2010.

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