La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

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Maja Kleczewska

Maja Kleczewska - Critique sortie Théâtre
Crédit Photo : Pozdrawiam Elżbieta Wrzesińska Légende : « Le Songe d’une nuit d’été : des êtres en butte à la fatalité de relations amoureuses déçues. »

Publié le 10 janvier 2009

Une épreuve collective de dépossession et de purification

La metteure en scène polonaise Maja Kleczewska (née en 1973) transpose Le Songe d’une nuit d’été dans l’univers d’une fin de soirée en boite de nuit. Un univers comique, pulsionnel et cafardeux.

Quels thèmes du Songe d’une nuit d’été avez-vous souhaité placer au centre de votre représentation ?
Maja Kleczewska : La peur du mariage, l’appréhension de toute relation profonde qui s’accompagne, très paradoxalement, d’une crainte panique de la solitude. D’un côté, les personnages de la pièce font preuve d’un besoin inassouvi d’intimité et d’amour, de l’autre, ils s’abandonnent dans des empoignades érotiques qui révèlent une quête éperdue de soi-même. Quant au rêve, il représente une ouverture sur l’univers de l’inconscient et de l’imaginaire, un univers qui échappe à l’ordre de la rationalité pour explorer d’autres dimensions du possible.
 
Votre spectacle entremêle les angoisses et les rêves, stigmatisant l’idée de malaise et de perte de repères…
M. Kl. : Oui, le domaine de la réalité est totalement ébranlé. Les rêves pourraient d’ailleurs très bien faire partie de cette longue nuit devenue une épreuve collective de dépossession et de purification. Les multiples thèmes de la pièce se reflètent comme dans un jeu de miroirs, traversant les trois mondes que William Shakespeare fait s’interpénétrer : le monde des amants, celui des artisans, celui de Titania-Hippolyta et Obéron-Thésée.
 
« Les personnages du Songe d’une nuit d’été s’abandonnent dans des empoignades érotiques qui révèlent une quête éperdue de soi-même. »
 
Vous avez commencé votre travail par une période d’improvisations. Qu’est-ce que l’improvisation apporte, selon vous, au théâtre ?
M. Kl. : L’improvisation permet de trouver ce qui est le plus important pour l’acteur. Elle fait de lui le sujet de l’action, un véritable cocréateur : celui qui vit, qui sent, qui pense. L’improvisation se révèle parfois un outil indispensable pour traverser les couches d’un texte.
 
Vous déclarez diriger les comédiens en faisant en sorte que le texte découle des émotions et non les émotions du texte. Qu’entendez-vous par là ? 
M. Kl. : Faire entendre le texte comme une forme de récitation ne m’intéresse pas. Je ne crois pas qu’un théâtre instaurant ce type de rapport au texte puisse encore avoir une quelconque force. Si au cours des répétitions l’un des thèmes de la pièce s’avère vivant, essentiel, le texte devient alors force de loi. Mais il me semble que l’action des personnages est souvent plus puissante que les choses qui sont dites. J’essaie ainsi de ne conserver du texte que ce qui me paraît absolument indispensable.
 
Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat


Sen nocy letniej (Le Songe d’une nuit d’été, spectacle en polonais surtitré), d’après William Shakespeare ; mise en scène et adaptation de Maja Kleczewska. Les 7 et 8 février.

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