La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -170-ivry

Leïla Cukierman

Leïla Cukierman - Critique sortie Théâtre

Publié le 10 septembre 2009

Directrice et programmatrice du Théâtre d’Ivry-Antoine Vitez

Pour un art rassembleur et festif

Leïla Cukierman est depuis 20 ans indissociable du Théâtre d’Ivry qu’elle marque de ses positions généreuses et visionnaires. Entretien avec une femme d’idées et d’action qui aime la chanson et sait la faire aimer.

Quel est votre état d’esprit à l’orée de ces 20 ans’
 
Leïla Cukierman : Je suis heureuse de réunir tous ces artistes qui se sont échelonnés sur 20 ans de création. Cet anniversaire est surtout là pour offrir au public un moment festif et rare. L’équipe du théâtre est de près ou de loin la même, bien qu’elle se soit étoffée. Et c’est cette famille qui reçoit la famille agrandie des artistes et du public !
 
Comment résumer ce que vous avez inventé au Théâtre d’Ivry?
 
L. C. : Un concert, ce n’est pas seulement un récital : le travail scénique est important. Le fait d’installer les artistes en création permet de travailler la réalisation du spectacle, leur rapport à la scène, au public, grâce à des regards extérieurs, de longues périodes d’exploitation, des répétitions, des créations lumières et son. Cette installation dans la durée, qu’on a appelée “résidence“, a depuis été plus ou moins reprise par d’autres lieux. L’important est de se donner les moyens humains, matériels et financiers d’accompagner l’artiste dans cette création, en gardant en perspective les enjeux professionnels et artistiques, mais aussi notre responsabilité de théâtre public.
 
«Nous sommes le lieu de rencontre entre une singularité artistique et des publics.»
 
Vous êtes également une “découvreuse“.
 
L. C. : Je crois qu’on n’est jamais totalement le “découvreur“ d’un artiste, on fait partie d’un processus dans le cheminement d’un artiste qui aurait de toute façon existé sans nous ! Je me sens plus comme une aide, celle qui saisit les opportunités au bon moment pour contribuer à une “carrière“ – même si je n’aime pas ce mot ! Je n’ai pas découvert Juliette, Sarclo ou Alain Leprest, j’ai juste repéré à quel moment il était porteur pour eux de faire une résidence. Une des missions qui m’importe est de faire se rencontrer les gens. Nous sommes le lieu de rencontre entre une singularité artistique et des publics. Et nous sommes un lieu de rencontre des artistes entre eux.
 
Vous avez su faire entrer la chanson dans une grille culturelle…
 
L. C. : Le cloisonnement des formes est une spécificité de la France métropolitaine. Je suis d’origine antillaise. Dans ma culture, les arts ne sont pas cloisonnés : le corps, la voix chantée, la mise en scène, tout peut se rencontrer. Depuis une dizaine d’années, ce croisement est tout de même plus dans l’air du temps qu’il y a vingt ans. J’ai bénéficié d’une formation théâtrale et je suis issue des milieux d’éducation populaire, tout en adorant la chanson. Je ne vois donc pas de rupture implacable entre la forme textuelle du théâtre et le reste du spectacle vivant. L’art est par essence d’émergence populaire, c’est le pouvoir qui en fait une institution ! Il ne naît pas de l’esprit d’un génie isolé mais se nourrit du monde tel qu’il est. Quelqu’un comme Juliette aborde autant de sujets capitaux que les arts institutionnels. Le Théâtre d’Ivry sort de ses murs pour aller à la rencontre de ses publics, l’artiste va dans les quartiers, nous faisons des colloques d’action culturelle, des ateliers de sensibilisation dans les écoles…
 
 
Qu’est-ce qui a changé en vingt ans’
 
L. C. : L’abondance de spectacles, les difficultés quotidiennes des gens, la médiatisation qui prend le pas sur le vivant… Nous avons dû affirmer notre singularité d’une chanson d’expression, sans tomber dans la course à l’émergence des jeunes talents. Et le projet a infléchi vers le jeune public, en proposant des formes accessibles à l’enfance, avec l’exigence que le spectacle plaise à l’adulte. Nous misons sur le “tout public“, les spectacles intergénérationnels. C’est un défi, mais cela part d’un constat social et artistique. Le but est d’en finir avec les ghettoïsations des jeunes, des vieux, des communautés, des genres musicaux… On ne peut pas regarder notre société s’atomiser. Et qu’est-ce qui rassemble plus que l’art ?
 
Propos recueillis par Vanessa Fara et Jean-Luc Caradec


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