La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -201-Centre Dramatique National des Alpes

Le CDNA : Fabrique de théâtre de A à Z

Le CDNA : Fabrique de théâtre de A à Z - Critique sortie Théâtre Grenoble

Publié le 8 septembre 2012 - N° 201

Jacques Osinski, directeur du CNDA depuis 2008, présente cette saison trois spectacles : une reprise, Mon Prof est un troll de Dennis Kelly, et deux créations, George Dandin de Molière et Orage d’August Strindberg. 

Quelles sont les spécificités du CNDA ?

Jacques Osinski : Installé dans la MC2, Maison de la Culture de Grenoble qui abrite aussi le Centre Chorégraphique National dirigé par Jean-Claude Gallotta (nous avons un projet commun pour la saison suivante)  et les Musiciens du Louvre Grenoble dirigés par Marc Minkowski, le Centre Dramatique National des Alpes a la particularité d’être un outil de création où les pièces se fabriquent de A à Z. Pour cela, c’est tout un collectif, – dramaturge, scénographes, costumiers, comédiens… – qui est mobilisé.  Doté d’un atelier de construction des décors, d’un atelier costumes, et d’une grande salle de répétitions, le CNDA crée et coproduit des spectacles dont certains ne sont pas joués à la MC2 mais dans divers lieux de la région Rhône-Alpes. Nous avons développé une politique de présentation hors les murs, tels A Demain de Pascale Henry créé à Bourgoin-Jallieu ou L’Enfant de Carole Thibaut créé à Paris avant de revenir à Saint-Antoine l’Abbaye. Mon Prof est un Troll, très jolie pièce jeune public d’un auteur contemporain anglais, Dennis Kelly, que je reprends, est jouée hors les murs. Les textes d’auteurs d’aujourd’hui sont bien représentés : Julie Berès, Sarah Berthiaume mise en scène par Célie Pauthe… Toute l’année, nous effectuons des lectures de textes contemporains en entrée libre, en partenariat avec le théâtre du Rond-Point ou seuls. Dernière spécificité : nous accueillons cette saison beaucoup d’auteures et metteures en scène femmes. 

« Le CNDA crée et coproduit des spectacles dont certains ne sont pas joués à la MC2. »

Vous créez George Dandin de Molière. Pourquoi ce choix ?

J. O. :   Je souhaite faire entendre la dimension sociale très moderne de la pièce, où les rapports de classe m’intéressent pour leurs échos actuels.  Uniquement accepté pour son argent, George Dandin, riche paysan, est rejeté parce qu’il n’est pas du même monde que ses beaux-parents, nobles de province ruinés qui ont imposé cette union à leur fille Angélique. Il  vit un cauchemar presque clinique, comme dans un polar. A trois reprises, il appelle ses beaux-parents, apporte des preuves qu’Angélique le trompe et ça ne marche pas. Cette comédie noire d’une cruauté terrible me touche aussi beaucoup car à travers ce héros qui aime Angélique qui ne l’aime pas, l’oeuvre exprime une sorte de mélancolie que l’on retrouve souvent chez Molière. Je veux éviter toute caricature et tout aspect farcesque dans le jeu théâtral. George Dandin est interprété par Vincent Berger, avec qui j’ai très souvent travaillé, nous avons tous deux une connivence forte. Delphine Hecquet interprète Angélique, une jeune fille d’aujourd’hui, libre, ni coquette ni minaudante. La pièce a lieu dans un environnement contemporain, sur le seuil d’un appartement haussmannien, avec deux grandes portes et un couloir un peu mystérieux. Tout se joue dans ce décor unique. L’oeuvre se révèle assez violente voire dérangeante, même si la mécanique du rire fonctionne. Si on enlève un peu l’imagerie d’époque, ce texte est une matière de théâtre extraordinaire, une matière d’une très grande immédiateté et modernité.

Vous montez aussi Orage d’August Strindberg (1849-1912), après avoir mis en scène Le Songe il y a quelques années…  

J. O. : J’avais envie de revenir à Strindberg. J’ai relu par hasard cette oeuvre très rarement jouée. Avec La Sonate des Spectres ou Le Pélican, c’est l’une de ses “pièces de chambre“, un texte très court de la fin de sa vie dont le personnage central, appelé Monsieur et interprété par Jean-Claude Frissung, s’est retiré du monde. Il vit de manière très solitaire dans l’entresol d’une maison, avec sa gouvernante, une jeune parente. Au-dessus d’eux un couple s’est installé, et on s’aperçoit que c’est l’ex-femme de Monsieur (beaucoup plus jeune que lui) et son nouveau mari qui ont emménagé. Après une scène des retrouvailles assez dramatique, elle va finalement  repartir, et la vie continuera dans la solitude. Aucune ellipse temporelle n’intervient dans la pièce, seuls des changements de focale dans un lieu unique structurent les actes. Cela m’intéresse et me touche beaucoup de parler de cet homme à la retraite et en retrait du monde. Cette œuvre m’évoque le film La ballade de Narayama de Imamura, où à un certain âge les parents doivent aller mourir dans la montagne. Orage est une pièce calme, très apaisée, où la tension est moindre que dans les  autres œuvres de Strindberg. Ainsi passent un orage de chaleur et un orage dans la vie intime de Monsieur.

Propos recueillis par Agnès Santi

Mon Prof est un troll, les 13 et 14 septembre 2012 au Théâtre Prémol à Grenoble. George Dandin, du 9 au 27 octobre 2012 à la MC2 Grenoble. Orage du 12 au 23 mars 2013 à la MC2 Grenoble.

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