La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

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Jean-Pierre Siméon

Jean-Pierre Siméon - Critique sortie Théâtre

Publié le 10 janvier 2008

Le théâtre comme exercice de la conscience

Un cri immense, incandescent, qui brûle les ombres de la conscience et frappe au cœur. Dans Stabat Mater Furiosa, Jean-Pierre Siméon libère la parole révoltée et la douleur furieuse d’une femme face la violence guerrière.

D’où vient ce cri ?

Jean-Pierre Siméon :
D’une révolte intérieure, irrépressible face aux conflits meurtriers du Rwanda, des Balkans, de la Tchétchénie, face aux massacres qui frappaient l’actualité quotidienne. Invité comme poète à la Comédie de Reims par Christian Schiaretti, alors directeur, j’ai découvert la puissance du jeu de Gisèle Torterolo. J’ai conçu ce monologue pour elle. Je l’ai écrit en trois semaines, durant un voyage au Liban, autre pays ruiné par la guerre.
 
Pourquoi parler par la voix d’une femme ?

J.-P. S. :
Pour moi, les violences guerrières qui se perpétuent depuis des millénaires renvoient à la responsabilité du mâle guerrier, survalorisé dans sa volonté de grandeur. Cette parole sur la guerre ne pouvait émaner que d’une femme. Pas une pleureuse, mais une femme qui se dresse, qui lutte, comme beaucoup l’ont fait, à l’instar des Folles de mai en Argentine. Qui se rebelle dans une colère, vivante, totale, salvatrice. Le texte porte cette énergie. Aussi dérisoire et juste, aussi essentiel que cet homme seul qui fit face aux chars sur la place Tiananmen en 1989.
 
« Non pas asséner des vérités, mais troubler, déranger, étonner. »
 
« Comprendre, c’est déjà accepter », dit-elle…

J.-P. S. :
Cette phrase vient de Primo Levi. Comprendre implique de pénétrer dans la logique, les justifications des mécanismes de la violence, voire les accepter comme naturels, inéluctables. Le crime de guerre dépasse mon entendement. La guerre constitue certes un fait humain universel. S’humaniser, n’est-ce pas en partie échapper à l’instinct de nature ? Cette femme dit non, tout simplement. Mais, dans le même temps, elle ne peut s’empêcher de chercher à comprendre. Elle porte nos contradictions et nos hésitations.
 
Que peuvent les mots face à l’horreur ?

J.-P. S. :
J’écris du théâtre en poète. La complexité rythmique, la densité et l’épaisseur métaphorique de la langue me protègent du simplisme des discours. Plus que jamais, nous avons besoin d’une langue poétique pour échapper aux processus de simplification mortifères à l’œuvre dans la société. Il n’y a de compréhension subtile de la complexité de la réalité que dans une langue subtilement complexe, qui sort du code ordinaire et ouvre la possibilité d’une autre façon de saisir et de dire le monde. Le théâtre est l’endroit de partage du poème, le lieu d’une éducation populaire permanente. Il doit exercer les consciences. Non pas asséner des vérités, mais troubler, déranger, étonner.
 
Propos recueillis par Gwénola David


Stabat Mater Furiosa, de Jean-Pierre Siméon, mise en scène d’Anne Conti et Patricia Pekmezian. Les 18 et 19 janvier à 20h30 au Théâtre-Cinéma Paul-Eluard de Choisy-le-Roi.

A propos de l'événement


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