L’hors-présence ou Chimères du pays de Morsan de Tiphaine Raffier et Les Corps incorruptibles d’Aurélia Lüscher : deux voyages entre la vie et la mort
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Focus -346-Le TNP, quintessence du théâtre public : création, transmission, plaisir
Avant de diriger le Théâtre de Carouge à Genève à compter du 1er janvier 2027, Jean Bellorini crée au TNP Seul dans Berlin d’après le roman de Hans Fallada (1893-1947). Un spectacle qui face au nazisme éclaire la résistance ordinaire, dérisoire et grandiose d’un couple berlinois.
Pour votre dernier spectacle en tant que directeur du TNP, pourquoi avoir choisi le roman de Hans Fallada ?
Jean Bellorini : Je songe à mettre en scène ce roman depuis des années. Avant de quitter la direction du théâtre, j’ai voulu créer un spectacle comme un retour aux sources, pour Camille de La Guillonnière et Clara Mayer, complices de longue date et tous deux férus de grands textes. C’est avec eux que j’avais créé Tempête sous un crâne en 2010 d’après Les Misérables de Victor Hugo, et je désirais retrouver cette forme de théâtre-récit que nous avions inventée. Comme un contrepoint, le texte de Hans Fallada prolonge à point nommé L’Ordre du jour d’après l’ouvrage d’Éric Vuillard, que j’ai la saison dernière mis en scène avec la troupe de la Comédie-Française, qui réfléchit comment la société d’alors, dont les plus puissants industriels, a plié et cédé face au nazisme. Inspiré par une histoire réelle, Seul dans Berlin (éditions Gallimard) éclaire à l’inverse la résistance quotidienne d’un couple modeste.
Quelle est cette résistance ordinaire ?
J.B. : Désespérés par la mort de leur fils au front, Otto Quangel, contremaître, et Anna, femme au foyer, déposent pendant des mois dans les halls d’immeuble des cartes postales qu’ils rédigent afin de dénoncer la moutonnisation de la société, l’adhésion au nazisme. Sur les quelque 300 cartes qu’ils ont écrites, presque toutes ont été remises à la Gestapo. Notre adaptation commence quasiment au moment du procès du couple après leur arrestation sur dénonciation et leur incarcération dans deux prisons différentes. Isolés l’un de l’autre, plongés dans une descente aux enfers, ils préservent l’ultime liberté de l’imaginaire. La pièce questionne le libre arbitre, le rapport que la littérature noue avec la réalité, l’intériorité de l’âme alors que la vérité échappe. Grâce à la littérature, à la métaphore, l’humanité est grandie, une connexion au vrai se dévoile et s’affirme. Leur geste dérisoire, indéfectible, me bouleverse.
Quel regard portez-vous sur vos années à la direction du TNP ?
J.B. : J’ai été très heureux de travailler depuis 2020 au sein de ce théâtre emblématique du service public, que j’ai décidé de quitter fin décembre, dont nous avons conçu la saison jusqu’en juin. Pendant sept ans, j’y ai mis toute mon énergie et tout mon cœur. À partir du 1er janvier 2027, Thomas Jolly et Laëtitia Guédon prendront la direction du lieu. Le TNP est un lieu de création et transmission, où œuvrèrent notamment Roger Planchon, Patrice Chéreau…, où je me suis attaché à faire vivre un héritage majeur dans un équilibre entre tradition et nouveauté, entre l’ici et l’ailleurs. Nous y avons mis en place une Troupe éphémère unissant les générations, cultivant le plaisir de faire du théâtre ensemble. Fidèle, curieux, le public se sent chez lui dans cette maison.
Propos recueillis par Agnès Santi
du mardi au vendredi à 19h30, samedi à 18h sauf le 10 octobre à 19h30, dimanche à 15h30. Durée : 1h30.
Tél. : 04 78 03 30 00. www.tnp-villeurbanne.com
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