La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

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François Cervantes

François Cervantes - Critique sortie Théâtre

Publié le 10 octobre 2007

Masques et Les Clowns : Gestes poétiques, voire politiques

De l’univers du clown à celui du masque, François Cervantes trace des chemins de pérégrinations artistiques d’une grande intensité, qui interrogent les mystères de ces formes ancestrales du théâtre.

De quoi se nourrit, de façon première, votre univers artistique ?

François Cervantes : Pour moi, mettre en scène et écrire un spectacle, c’est mener les acteurs vers l’écriture. Je les invite à devenir auteur, à ne pas se contenter d’être des exécutants, des interprètes, mais à réellement prendre conscience du plateau, de leur présence, du rapport au public… Je demande aux comédiens de faire tomber le quatrième mur. Ensuite, le fil rouge de mon travail se situe dans le voyage que j’effectue à travers différentes formes artistiques : la musique, le clown, le cirque, le masque… J’essaie de concilier ces ancêtres du théâtre avec la présence contemporaine, sur scène, des comédiens.

« Si l’on lance un poème contre une vitre, c’est la vitre qui doit se briser. »

Qu’est-ce qui vous lie profondément à l’univers du masque et du clown ?

F. C. : Deux choses totalement différentes. A travers le clown, j’investis le territoire du rire, de la joie, de la connaissance intime des acteurs avec lesquels je travaille. J’ai de plus en plus de plaisir à voir évoluer ces personnages marginaux qui n’ont pas vraiment de rôles, qui ne prennent pas corps dans une histoire, qui rendent simplement compte des désirs qui les traversent. D’ailleurs, d’une certaine façon, ce plaisir est politique. Car les clowns dénient l’obligation de s’identifier aux casquettes que l’on porte. Quant aux masques, ils révèlent une beauté et une puissance de jeu qui me fascinent. A l’inverse du clown, il s’agit d’un univers qui touche à l’éloignement, à la peur. Le rapport avec les comédiens devient beaucoup plus impalpable, on explore des zones où l’autre est vraiment autre, où l’on peut avoir l’impression de voir le masque bouger, vivre, s’assombrir… Tout cela est passionnant et très mystérieux.

A quoi correspond, selon vous, la poésie qui se dégage de vos spectacles ?

F. C. : Un poète a tenté de définir la poésie en disant que si l’on lance un poème contre une vitre, c’est la vitre qui doit se briser. Je crois que c’est ça. Pour moi, l’acte poétique revient à passer de l’intérieur de quelqu’un à l’intérieur de quelqu’un d’autre sans transiter par l’extérieur. Je pense qu’au fond de nous, de notre monde intérieur, il y a une ouverture qui mène vers l’autre. L’acteur, par essence, est disposé à trouver ce chemin-là, à parvenir à cet endroit de profondeur où une porte s’ouvre pour permettre une forme naturelle, directe, d’échange et de communication.

Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat


Masques, écriture et mise en scène de François Cervantes. Du 13 au 16 mai 2008.

Les Clowns, écriture et mise en scène de François Cervantes. Du 27 au 30 mai 2008.

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