La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -164-daiko-heiwa

FABIEN KANOU,

FABIEN KANOU, - Critique sortie Jazz / Musiques

Publié le 10 janvier 2009

percussionniste et fondateur d’Heiwa Daiko

Les Taiko : une passion entre tradition et métissage

Les Taiko ne sont pas monnaie courante en France. Comment avez-vous rencontré cet instrument ?
Fabien Kanou : J’ai commencé à jouer avec Baron Samedi, un groupe créé par l’A.R.F.I. C’est avec eux que j’ai découvert les Sabar, les percussions des griots, et bien sûr les Taiko pour lesquels j’ai ressenti un véritable coup de foudre. J’ai ensuite fabriqué mes propres tambours : cela coûtait trop cher de les faire venir du Japon ! C’était au départ pour un usage personnel, méditatif et physique. Je travaille avec des jeunes en difficulté sur la fabrication d’instruments, et j’étais plus concentré sur ce projet d’insertion sociale que sur ma carrière artistique. Mais la curiosité des autres a enclenché le processus : après la mise en ligne d’un site, j’ai été contacté pour le spectacle, puis Migal Production m’a proposé de le produire. Les choses se sont enchaînées presque malgré moi.
 
 « Le concert est découpé en deux sets : une première partie plutôt traditionnelle quoique modernisée, avec des costumes inspirés des samouraïs, et une seconde plus métissée et urbaine »
 
Heiwa Daiko n’est-il composé que de Taiko ?
F.K. : Dans ma vision, le Taiko se définit par son jeu en groupe. Le collectif prime sur le jeu individuel. C’est l’énergie de la troupe qui dégage l’émotion. Nous sommes sept musiciens, tous percussionnistes sauf un saxophoniste. Mais chacun est multi-instrumentiste, ce qui nous permet de multiplier les possibilités sonores entre le chant, le n’goni, la kora, le balafon, la flûte… Après une période plutôt traditionnelle, j’ai eu envie de métissage avec d’autres univers, et c’est l’arrivée de nouveaux musiciens dans le projet qui a permis d’enrichir notre son.
 
Comment qualifier le style d’Heiwa Daiko ?
F.K. : Le concert est découpé en deux sets caractéristiques de nos orientations : une première partie plutôt traditionnelle quoique modernisée, avec des costumes inspirés des samouraïs, et une seconde plus métissée et urbaine, dont les costumes évoqueraient plutôt les sports extrêmes. Mes premières influences restent la musique africaine et asiatique. Mais je cherche à faire évoluer ma pratique des Taiko, à traverser nos frontières musicales vers le rock par exemple. J’ai d’ailleurs invité Thuy de Ina Ich à la Cigale à jouer sur un titre. Il y aura également Tetsuya Gotani, un accordéoniste japonais venu en France il y a six ans pour apprendre le musette, et Borys Choleka, un shaman ukrainien à la voix impressionnante qui pratique les chants de Mongolie, d’Inde et de Sibérie.
 
Interprèterez-vous des morceaux traditionnels nippons ?
F.K. : Tous les morceaux sont des compositions originales, sauf un thème que j’ai repris d’un magnifique « standard » du Taiko Miyaké, l’une des écoles du genre. Je me permets d’ailleurs dans ce morceau de mélanger deux styles, le Miaké et le Yatai Bayashi, joués en même temps sur un même tambour, avec un musicien de chaque côté. Visuellement, je trouve le rendu magnifique : ces deux positions différentes sur un même Taiko créent des formes géométriques qui enrichissent la mise en scène. Je dispose les tambours sur scène non seulement par rapport aux combinaisons rythmiques, au sens pratique du jeu, mais aussi par rapport à une scénographie, une approche esthétique.
 
« Au Japon, ce jeu est considéré comme un sport musical tant il est proche d’un art martial. »
 
Ces tambours requièrent une grande implication artistique et physique…
F.K. : Heiwa Daiko pratique le Matsuri, c’est-à-dire le jeu festif des Daiko. Au Japon, ce jeu est considéré comme un sport musical tant il est physique, proche d’un art martial. Chaque école de Taiko doit créer son propre style. C’est également ce que j’essaie de faire en observant les autres pratiques et en l’enrichissant de chorégraphies, car selon les morphologies, les manières de bouger, on invente de nouvelles manières de jouer. Je puise dans mon expérience personnelle de la musique et du sport – je suis féru de BMX, d’athlétisme… En rencontrant les Taiko, j’ai pu faire le lien entre mes deux passions.

A propos de l'événement


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