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Focus -346-Le Théâtre National de Nice, repère fort au cœur de la ville
Ève Pereur signe sa première mise en scène et confie à Flore Lefebvre des Noëttes, Johanna Bonnet et Catherine Baugue une partition sensible sur les aléas existentiels dans le brouillard de la Nièvre.
Quelle est l’histoire de cette enquête sur les hasards de la vie ?
Ève Pereur : Celle de trois femmes qui vivent dans un hameau de la Nièvre au milieu des bois. Le départ d’une des trois à Paris déclenche tous les récits : les paroles se délivrent et délivrent. Eugénie, celle qui s’en va, a, dans sa jeunesse, fui le village pour Paris, où elle était surnommée « beauté du diable ». Christiane, celle que j’appelle la madone, a subi les coups d’un mari et d’un fils violents. Quant à Béatrice, elle n’a jamais quitté sa maison ni la terre qu’elle travaille. Qu’est-ce que c’est que grandir et être une femme à la campagne, dans un monde structuré par les hommes, où le silence est tel que les pleurs d’un chevreuil deviennent un événement ?
Comment avez-vous composé cette histoire ?
E.P. : Je suis attachée au village de Corvol-l’Orgueilleux où est née ma grand-mère, et j’ai voulu comprendre ceux qui y vivent et me disent toujours que je ne peux pas comprendre puisque je ne fais qu’y passer. Je voulais comprendre les conditions de l’arrachement et de la libération : est-ce parce qu’on part qu’on se libère, ou est-ce qu’il faut s’être déjà libéré pour partir ? Il me fallait me garder à la fois du jugement et du romantisme, du fantasme et du surplomb. J’ai appelé ce spectacle Orgueilleuse, comme pour me prémunir de ce défaut ethnocentriste qui caractérise le Parisien de Montesquieu qui se demande comment on peut être persan !
Comment les personnages sont-ils nés des personnes ?
E.P. : J’ai noirci des cahiers entiers de notes à partir d’enregistrements retranscrits. Dans ce matériau, j’ai pioché des mots-clés, des thématiques à partir desquelles j’ai improvisé avec les actrices, en intégrant des éléments qui leur appartenaient. De là sont nés ces trois personnages, qui se saisissent de leur vie pour en faire du théâtre, racontant à la fois ce qu’elles ont vécu et auraient pu vivre, creusant le suggéré, le survolé et l’enfoui de leur vie et des rêves qu’elles m’inspirent.
Propos recueillis par Catherine Robert
Salle des Franciscains. Du mercredi au vendredi à 20h et le samedi à 15h.
Les Franciscains, 6, Place Saint-François, 06300 Nice.
La Cuisine, 155 Boulevard du Mercantour, 06200 Nice.
Tél : 04 93 13 19 00. www.tnn.fr
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