La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -139-Nanterre-Amandiers. Saison 2006-2007 L?empreinte théâtrale des passions

Entretien Stuart Seide : L’obscure force du désir

Entretien
Stuart Seide : L’obscure force du désir - Critique sortie Théâtre

Publié le 10 juin 2006 - N° 139

Frère et s’ur, Annabelle et Giovanni défient par leur amour incestueux
l’ordre de la société et de Dieu. Dommage qu?elle soit une putain consume
le désir jusqu?au sacrifice. Trente ans après l’avoir magistralement mise en
scène, Stuart Seide revient à cette tragédie charnelle et scandaleuse.


Comment abordez-vous cette ?uvre où s’enlacent le sublime et l’effroi ?

Stuart Seide : Cette tragédie appartient au répertoire jacobéen, qui
fouille les zones d’ombre de l’être, les profondeurs troubles d’une société très
rigide et hantée jusqu’à l’obsession par la mort, la corruption, la recherche de
la volupté, la quête d’une morale dans l’immoral. Je réalise une distillation
pour sept acteurs, en resserrant le drame autour du noyau ardent que constitue
l’inceste.

« Je resserre le drame autour du noyau ardent que constitue l’inceste. »

Quelle signification donnez-vous aujourd’hui à l’histoire de l’inceste ?

S.S. : Annabelle et Giovanni défient plus que l’ordre social et l’Eglise.
Leur désir d’absolu déborde toutes les limites. De nos jours, les m’urs semblent
beaucoup plus permissives. Mais cette tolérance superficielle masque un
néo-puritanisme rampant, qui entraîne, par contrecoup, des comportements
valorisant l’audace pour l’audace. Cette pièce montre la force du désir dans une
société qui le réprime et interroge le poids du corset social aujourd’hui.

Comment imaginez-vous la mise en scène ?

S.S. : Toute l’?uvre est tendue vers le banquet final, où Giovanni arrive
avec la tête de sa bien-aimée au bout de sa dague. Dans le théâtre jacobéen,
très ritualisé, les personnages s’acheminent fatalement vers leur perte et leur
damnation, inscrites dès les premiers mots. Ce monde, apparemment bétonné,
codifié, s’écoule sous nos yeux. La scénographie bi-frontale instaure un rapport
très intimiste, presque impudique, entre acteurs et spectateurs, réunis autour
de la scène pour exorciser les forces obscures de l’être à travers un poème noir
et sensuel.

Entretien réalisé par Gwénola David

Dommage qu’elle soit une putain, d’après John Ford ; adaptation et mise
en scène de Stuart Seide. Du 1er au 17 juin 2007.

A propos de l'événement


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