La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -149-Domaine départemental de Chamarande en Essonne / Spectacles gratuits en plein air

Entretien Franck Apertet : explorer les démarcations

Entretien
Franck Apertet : explorer les démarcations - Critique sortie Danse

Publié le 10 juin 2007

Les drôles de Gens d’Uterpan que sont Annie Vigier et Franck Apertet ont
imaginé les X Event, engendrant des protocoles sur des thématiques
précises, travaillant la matière brute du corps, favorisant l’apparition d’une
façon de danser, notamment à travers l’improvisation et la performance.


Chamarande est le lieu d’une performance au long cours’

Franck Apertet : Oui, c’est une étape d’un projet qui a commencé avant et
qui va se prolonger au-delà. On a construit le projet X Event dans deux
directions : le projet en salle X Event 1 composé de sept séquences
dansées sur une croix blanche, et les X Event 2, qui sont une
exploitation de chacune des sept séquences. Ils se réalisent plutôt en direction
des arts plastiques, dans un rapport d’exposition, de performance. A Chamarande,
nous créons le X Event 2.3.

Quelles sont les thématiques des sept séquences des X Event 2 ?

F. A. : Il y a « Les Courses », « Les Corps morts », « Le Goût », « La
Vague », « Les Kama-sutra », « Les Chutes » et « Salives ». A travers toutes les
séquences, nous cherchons un certain rapport à la durée, à l’évolution dans un
temps réel qui mène le danseur à sa fatigue. Il y a une volonté de mettre à nu
l’interprète, parce qu’il va devoir lâcher dans sa dépense physique,
s’abandonner, être vu sous un jour inhabituel pour lui. « Les Chutes » du X
Event 2.3
donnent à voir une relation très vive de personnes qui se
poussent. Le danseur accepte totalement la chute, se relève immédiatement et
retourne au jeu. Le tout est absolument vidé de toute ranc’ur et de tout lien
psychologique qui pourrait exister vis-à-vis d’un système agressif identifié par
le public comme tel, mais qui est placé à l’endroit du jeu. C’est un jeu qui
recommence sans cesse, malgré la force des corps qui frappent le sol.

« Utiliser Chamarande comme un lieu de vie et de jeu. »

Quelle forme prendra la performance à Chamarande ?

F. A. : Nous voulons utiliser Chamarande comme un parc, un lieu de vie et
de jeu, en référence au 18e siècle où l’on prenait l’air en s’amusant à
colin-maillard. Cela se passera à l’extérieur, sans dispositif, dans l’herbe par
exemple. Jusqu’à maintenant, on évoluait dans des espaces fermés. Pour
Chamarande, on voulait aussi éviter une référence à ce que pouvait être Monte
Verità, où la danse était liée à la nature, à la nudité, ce qui aurait été
gênant pour certains de ces protocoles. On a donc préféré garder « Les Chutes »
et « Les Courses » pour l’extérieur. Ils s’y prêtent beaucoup mieux, pour la
proximité de la nature et la dépense physique proche de celle du jogger. Ce qui
m’intéresse aussi avec l’extérieur, c’est la force de résistance à l’élément
naturel, à l’environnement.

Les X Event questionnent l’érotisme à travers l’épuisement.

F. A. : C’est un parti pris : l’érotisme a toujours été présent dans
notre écriture, nous ne sommes pas allés le chercher pour l’occasion. Nous
l’avions déjà en nous, à travers des choses un peu ondoyantes et charnelles. On
a voulu le travailler d’une façon très précise en évitant absolument
l’illustration, pour ne pas faire acte d’érotisme. On a plutôt cherché à le
traverser dans l’idée d’abandon. Je pense que l’érotisme réside dans le fait de
se relever à chaque fois, de prolonger, de continuer le jeu, dans l’énigme d’une
présence qui est toujours là et qui revient malgré tout vers l’autre. De plus,
sur les plateaux, les corps tapent, les chairs rebondissent, les seins
remontent. Il y a donc cette fulgurance d’images, de choses violentes liées à un
corps nu, un corps vulnérable. L’érotisme marche aussi à l’intérieur de ça. A
Chamarande, les corps ne seront pas nus, mais il y aura une implication érotique
dans le fait de l’insistance. L’érotisme se situe aussi dans le regard du
spectateur. Il peut se demander finalement s’il n?est pas un collaborateur de ce
système, lui, indemne, qui laisse faire cela.

Propos recueillis par Nathalie Yokel

X Event 2.3, d’Annie Vigier et Franck Apertet. Le 1er juillet à 17h00.

A propos de l'événement


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