La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -225-Théâtre de Sartrouville et des Yvelines

Entretien Sylvain Maurice

Entretien Sylvain Maurice - Critique sortie Théâtre Sartrouville Théâtre de Sartrouville et des Yvelines
© J.M. Lobbé

Publié le 26 octobre 2014 - N° 225

Faire bouger les choses en profondeur

Sylvain Maurice a été nommé à la direction du Théâtre de Sartrouville et des Yvelines en janvier 2013. Cette nouvelle saison inaugure la mise en œuvre de sa volonté de renouvellement et de partage.

« Comme moteur, la création théâtrale, au sein d’un outil partagé avec d’autres artistes. »

Comment définir votre projet au Théâtre de Sartrouville et des Yvelines ?

Sylvain Maurice : Les choses commencent véritablement aujourd’hui, avec la refondation du projet artistique du théâtre. L’identité de ce théâtre est plurielle. C’est un CDN atypique, à l’origine, une scène nationale, adossée à un centre dramatique pour la jeunesse. Il a différentes missions : une mission de création, une mission en direction de la jeunesse, notamment avec Odyssées en Yvelines, festival de référence pour ce public, et une vaste programmation pluridisciplinaire. Je veux réunir ces missions dans un seul et même projet, avec comme moteur, la création théâtrale, au sein d’un outil partagé avec d’autres artistes. Grâce à l’Ensemble artistique, le Théâtre de Sartrouville va être un interlocuteur plus puissant pour les compagnies et va s’inscrire plus fortement vis-à-vis des artistes émergents. J’ai le désir de faire bouger les choses en profondeur.

La distance entre Sartrouville et Paris est-elle un obstacle ?

S. M. : Il faut, quand on organise une saison, considérer que nous avons un public local à consolider, et ne pas viser Paris systématiquement. Nous sommes en grande couronne, nous rayonnons sur tout le département des Yvelines. A cet égard, ce théâtre est l’équivalent d’un CDN de région. En revanche, pour les « créations maison », aussi bien les miennes que celles d’Odyssées (deux cent dates tous les deux ans), et pour les coproductions, nous mettrons à disposition des navettes partant de Paris, facilitant la venue du public parisien. Travailler sur les deux tableaux est une force pour ce territoire passionnant, situé en zone urbaine sensible, avec un public aux origines sociologiques et culturelles diverses. Les deux stratégies sont complémentaires, et doivent s’articuler dans une dimension festive et conviviale, portées par nos créations.

Pourquoi avoir choisi de partager l’outil de création ?

S. M. : Un CDN doit absolument être habité en permanence par la création, du metteur en scène qui le dirige à d’autres artistes, d’autres regards, des personnalités fortes et des points de vue singuliers sur le monde. Bérangère Vantusso œuvre de manière unique et singulière dans l’art de la marionnette contemporaine. Jean-Pierre Baro, brillamment et puissamment, relie l’intime et le politique. Olivier Coulon-Jablonka ne cesse d’interroger notre société et en pointe les contradictions. Il est notre metteur en scène philosophe. A partir de là, le rythme de création se fait en fonction d’eux. Nous les accompagnons, nous coproduisons leurs spectacles, nous leur offrons les moyens de répéter, et lors d’Odyssées 2016, ils mettront tous en œuvre un projet singulier.

Cette saison, vous créez Histoire d’Ernesto et La Pluie d’été, de Marguerite Duras.

S. M. : Je propose deux spectacles, que l’on peut voir ensemble ou séparément, comme un jeu de poupées russes. Le premier spectacle est Histoire d’Ernesto, qui est une proposition tout public, pour marionnettes et acteurs. Il raconte l’histoire d’un enfant qui ne veut plus aller à l’école « parce qu’à l’école, on lui apprend des choses qu’il ne sait pas ». Histoire d’Ernesto raconte comment les enfants sont un peu les parents des parents. Le deuxième spectacle, c’est La Pluie d’été. On y retrouve l’histoire de cet enfant qui veut sauver ses parents, mais aussi tous les grands thèmes durassiens, la passion (celle, seule et vraie, entre un frère et une sœur), la mère folle, l’alcool, la Shoah. Grâce à ces deux spectacles, on fait en quelque sorte le même parcours que Duras, qui n’a cessé de créer des variations autour d’Ernesto, son personnage fétiche.

Pourquoi avoir choisi ce thème et ces textes ?

S. M. : La Pluie d’été est une pièce extraordinaire, empreinte d’une profonde vitalité. Duras, au seuil de sa vie, y célèbre la connaissance de la vie, celle des enfants sauvages, la connaissance intime. Elle met en scène des gens simples qui ont une connaissance qui n’est pas celle des élites. Il m’a semblé urgent de rendre hommage aujourd’hui à ces « gens de peu ». Ce spectacle sera créé dans notre nouvelle petite salle, qui offre les moyens d’un nouveau projet à Sartrouville. Je salue le travail de mes deux prédécesseurs, qui se sont obstinés pour que ce second lieu soit construit, et l’investissement des tutelles qui l’ont financé.

 

Propos recueillis par Catherine Robert

A propos de l'événement

Histoire d’Ernesto, La Pluie d’été
du Jeudi 9 octobre 2014 au Samedi 7 mars 2015
Théâtre de Sartrouville et des Yvelines
Place Jacques Brel, 78500 Sartrouville, France

Théâtre de Sartrouville et des Yvelines, Centre Dramatique National.


Tél. : 01 30 86 77 79. Site : www.theatre-sartrouville.com


Histoire d’Ernesto, du 9 octobre au 19 décembre. La Pluie d’été, du 10 décembre au 7 mars.


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