La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

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Entretien Didier Lockwood

Entretien Didier  Lockwood - Critique sortie Théâtre

Publié le 10 septembre 2008

Apprendre à voir, entendre, choisir

Compositeur, musicien, interprète et improvisateur, vice-président du Haut Conseil de l’Education Artistique et Culturelle, Didier Lockwood milite pour une éducation artistique repensée à sa juste place, au cœur des apprentissages fondamentaux.

Pourquoi vous êtes-vous engagé dans l’éducation artistique ?
 
Mon père était instituteur et professeur de violon, il aimait transmettre et éveiller les consciences. Il allait à l’école avec son violon, un inspecteur l’a même désapprouvé fortement pour cela ! Ma mère était peintre. J’ai donc connu le bonheur du geste créatif très tôt, cela a été un beau cadeau de mes parents. J’ai eu envie de partager ce trésor avec d’autres.
 
« L’éducation artistique est à mon avis l’outil le plus utile à la construction de l’être dans sa dimension personnelle mais aussi sociale et citoyenne. »

Quel rôle joue l’éducation artistique au sein de l’école ?
 
A l’école, l’éducation artistique est considérée comme une perte de temps par rapport aux matières importantes. Tant que cette conscience des choses ne sera pas inversée, l’art à l’école restera une utopie. Or un enfant qu’on arrive à sensibiliser à la culture acquiert les savoirs plus facilement. Il apprend à voir, entendre, choisir. L’éducation artistique est à mon avis l’outil le plus utile à la construction de l’être dans sa dimension personnelle mais aussi sociale et citoyenne. La pratique artistique est à mon avis le déclencheur de l’auto-reconnaissance. Le « faire » permet à l’enfant d’établir une confiance en soi en se distinguant et en apprenant à développer les divers degrés d’appréciation esthétique. L’éducation artistique génératrice d’intelligence permet la mise en place du libre arbitre. Elle donne à chacun la capacité d’élever le niveau de qualité de ses choix de consommation.
 
Comment lutter contre la puissance des industries culturelles ?
 
Cette évolution de la conscience individuelle occasionne une diversification des besoins de consommation qui va à l’encontre de la règle fondamentale du marché : « un produit fabriqué pour le plus grand nombre ». On peut dire que l’éducation artistique est à ce propos subversive. L’industrie culturelle ne travaille pas sur le même type de rentabilité, elle a pour fonction de générer de l’argent alors que l’éducation artistique génère de la richesse humaine et doit infléchir la qualité de la proposition artistique de l’industrie culturelle. C’est pour cela qu’elle doit se mettre en place dès l’école maternelle.

Propos recueillis par Agnès Santi


Théâtre 95 à Cergy-Pontoise. Tél : 01 30 38 11 99.

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