La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -223-Andy Emler

Entretien / Andy Emler

Entretien / Andy Emler - Critique sortie Classique / Opéra
Photo : crédit Jeff Humbert

Publié le 2 septembre 2014 - N° 223

Ecriture plurielle et hybride

« Mes créations sont désormais de plus en plus écrites. »

Andy Emler revient sur sa démarche esthétique et nous dévoile ses projets et ses rêves. 

Pourquoi avoir consacré votre vie à la musique ?

Andy Emler : Les rencontres décident d’une vocation. Dans mon cas, ce fut celle d’un professeur, Marie-Louise Boëllmann (fille de l’organiste et compositeur Léon Boëllmann), grande dame de la musique française, héritière des nobles familles d’organistes fondatrices de l’Ecole Niedermayer, qui accueillit Fauré, Saint-Saëns ou Roussel. De huit à dix-sept ans, j’ai suivi son enseignement. Je viens d’une famille totalement hors du milieu de la culture et elle m’a appris l’émotion ! On a déchiffré ensemble à deux pianos toutes les symphonies de Beethoven et Mozart. Cette femme m’a transmis une flamme qui s’appelle « musique » avec intelligence et une extraordinaire ouverture d’esprit. J’avais à l’intérieur ce potentiel prêt à éclore et elle l’a révélé. Issue d’une tradition d’organistes rôdés à l’improvisation, elle s’amusait de mes initiatives hors champ classique. Mais elle ne m’a pas lâché sur la technique. C’est grâce à elle que les choses se sont déclenchées. Le seul phénomène dont elle a été absente, c’est le travail en groupe de rock, qui a ensuite évolué vers le pop, la fusion et donc vers le jazz. Voici pour l’enchaînement chronologique.

A quelle étape êtes-vous arrivé dans votre parcours de compositeur ?

A. E. : Je suis arrivé à un point charnière dans mon parcours. J’ai été formé à la musique classique savante, notamment au Conservatoire de Paris avec Marius Constant, tout en jouant comme guitariste de rock dans les bals du samedi soir et en me passionnant pour le jazz ou les musiques africaines. J’ai digéré tous ces courants, avec comme mot magique le « groove » ! Pendant longtemps, j’ai surtout travaillé par le biais de l’improvisation. Mais désormais, mes créations sont de plus en plus écrites. Cette saison, c’est par exemple la première fois que j’écris pour un orchestre symphonique, en l’occurrence l’Orchestre National de Lille de Jean-Claude Casadesus. Cela représente un vrai changement, même si mon style reste toujours dans l’hybridation des langages.

Comment évitez-vous, dans votre démarche, l’écueil de certains projets crossover ?

A. E. : On trouve effectivement chez certains compositeurs, notamment américains, des démarches racoleuses, quand on entend par exemple des standards de jazz mal accompagnés par des orchestres à cordes. C’est à la mode… Pour moi, l’hybridation des langages, c’est une digestion des langages. Il ne s’agit pas de compiler un peu de chaque courant, mais de se servir de cette digestion pour aboutir à une vraie proposition musicale.

Au-delà de l’orchestre symphonique, êtes-vous aussi attiré par l’opéra ?

A. E. : J’y pense ! J’aimerais collaborer, pour l’écriture du livret, avec l’écrivain Jean Echenoz, que j’avais rencontré sur le spectacle Ravel mis en scène par Anne-Marie Lazarini. Peu de gens le savent, mais Jean Echenoz a écrit des articles sur le jazz dans les années 70,  pour la revue Jazz Hot, notamment sur la mouvance coltranienne ! Mais pour l’instant rien n’est fait. Par contre, je vais composer pour l’édition 2015 du festival Musica de Strasbourg une pièce avec voix et quatre orchestres d’harmonie. Une écriture à la Berlioz, avec un livret de Michel Musseau inspiré de La Nef des fous de Sébastien Brant. Je me réjouis tout particulièrement de cette commande, car je n’avais jusqu’à présent écrit que pour des formations instrumentales et jamais pour la voix.

A propos de l'événement

Andy Emler


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