La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -205-Trois Théâtres à Aix et Marseille

Entretien Abou Lagraa

Entretien Abou Lagraa - Critique sortie Danse Aix-en-Provence Grand Théâtre de Provence
Crédit : Tanné Uddén Légende : El Djoudour, une pièce sur le mode de la rencontre entre les cultures.

Grand Théâtre de Provence
El Djoudour / Chorégraphie Abou Lagraa

Corps sensuel et corps culturel

La nouvelle création d’Abou Lagraa embrasse et embrase la perception du chorégraphe de sa culture musulmane. Avec, au centre, la question du corps.

« Il me semble important, vu l’état du monde, de pouvoir parler de la culture musulmane. »

Quel est ce nouveau projet ?

Abou Lagraa : C’est d’abord une création pour quatorze danseurs de mes deux compagnies : La Baraka, basée à Lyon, et le Ballet Contemporain d’Alger. J’ai demandé à Houria Aïchi, chanteuse algérienne des montagnes des Aurès, d’interpréter des chants sacrés sur le plateau. On a sur scène ce pont culturel entre la France et l’Algérie, et puis une représentation de la réalité de ce qu’est la France aujourd’hui : une France aux origines multiples, ce qui fait sa force. J’ai eu envie de parler avec ces corps divers de ma perception de la culture musulmane, en ayant autour de moi des interprètes musulmans, mais aussi chrétiens, athées, bouddhistes…

Dans cette idée d’inviter des chants sacrés, ne touche-t-on pas quand même au religieux ?

A. L. : Il ne s’agit pas de versets du Coran. Les chants Hadra par exemple sont des incantations, dans une optique complètement universelle. C’est une chose très ouverte qui laisse libre cours au spectateur de se relier à l’univers, à Dieu, à un esprit. On se situe plus du côté du mystique que du religieux.

Comment allez-vous traiter de la question du corps dans la culture musulmane ?

A. L. : Elle est très présente au quotidien, mais on la connaît mal. Par exemple le hammam est un rituel d’une grande sensualité : les hommes sont séparés des femmes, ils se font frotter par un homme dans un rapport de confiance, dans un rapport d’enfant à père. Grâce à ces rituels, on retrouve des liens à nos racines, à nos parents. Dans notre culture musulmane, j’aime aussi le rapport à la nourriture, l’eau, la terre… Dans tout cela existent des conseils et des préconisations mais ce que l’on retient relève malheureusement des interdits. Dans les danses des tribus touaregs du désert algérien, on voit des hommes et des femmes qui se confrontent et qui se provoquent, en se regardant réellement dans les yeux. Les hommes se tiennent par la main, et il n’est pas question de sexualité, il y a juste une humanité qui est là, une sensualité qui est permise par la culture. C’est cela que j’ai envie de montrer sur le plateau. Je suis à la fois français et algérien et il me semble important, vu l’état du monde, de pouvoir parler de la culture musulmane. J’ai envie de faire encore rêver les gens, d’aller dans le beau, le dérangeant.  Il s’agit de penser, d’être perturbé, de recevoir des émotions, autour d’un sujet nécessaire à la société.

 

Propos recueillis par Nathalie Yokel

A propos de l'événement

Abou Lagraa
du Mercredi 16 janvier 2013 au Samedi 19 janvier 2013
Grand Théâtre de Provence
380, avenue Max-Juvénal, 13100 Aix-en-Provence.
Coproduction Marseille-Provence 2013.

Théâtre du Jeu de Paume, 21 rue de l’Opéra, 13 100 Aix-en-Provence. Théâtre du gymnase, 4 rue du Théâtre français, 13001 Marseille. Grand Théâtre de Provence, 380, avenue Max-Juvénal, 13100 Aix-en-Provence. Tél : 08 2013 2013. www.lestheatres.net.
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