La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -186-tqi

Elisabeth Chailloux

Elisabeth Chailloux - Critique sortie Théâtre

Publié le 10 mars 2011

La carte et les territoires du collectif

Elisabeth Chailloux dirige le Théâtre des Quartiers d’Ivry avec Adel Hakim. Attentifs aux propositions de la jeune génération et à la diversité des formes théâtrales, ils ouvrent le TQI à trois compagnies amies.

« Le collectif est un rêve de théâtre. » Elisabeth Chailloux
 
 
Comment l’idée de ce festival des collectifs vous est-elle venue ?
Elisabeth Chailloux : Le point de départ est très simple : nous les connaissons et nous aimons leur travail ! Etienne Parc, du TOC, a participé aux ateliers pour adultes à Ivry. J’ai vu leur Turandot, créé à Avignon : cette folie et cette liberté sur le plateau, c’est jubilatoire ! Nous leur avons demandé de revenir à Ivry avec cette pièce et d’y créer la première partie de leur nouveau projet. Le collectif DRAO, on ne connaît qu’eux ! Ce sont nos amis ; certains ont joué avec nous, d’autres ont animé des ateliers chez nous. Quant au collectif Quatre Ailes, on l’avait déjà accueilli avec Le Projet RW.
 
Qu’y a-t-il de commun entre eux ?
E. C. : Leurs démarches sont absolument différentes. Au TOC, c’est Mirabelle qui a l’idée du concept et celui-ci est réalisé par un collectif mouvant autour d’un noyau fixe. DRAO regroupe sept comédiens qui adoptent l’œil du metteur en scène à tour de rôle : chaque acteur est regardé et rêvé par chacun des autres comédiens. Quatre Ailes est un collectif avec un metteur en scène, où la recherche collective s’élabore à partir des différentes propositions du vidéaste, des circassiens et des comédiens. Sous le nom de collectif, il y a la carte et le territoire ! Chaque collectif n’occupe pas le même territoire que les autres. Et qu’est-ce qu’on entend par collectif ? Chacun a une réponse différente. S’il faut trouver une unité, on peut remarquer néanmoins que le collectif se démarque du mode de production habituel.
 
Dans quelle mesure ?
E. C. : Le collectif est un rêve de théâtre. Quels que soient nos projets personnels, nous en avons tous rêvé un jour. C’est une manière particulière de travailler et c’est un geste politique : une autre façon de travailler, une autre façon de faire fonctionner la démocratie, l’autogestion, une autre façon de créer, de produire. Tout artiste a la nostalgie et le désir de ça, même s’il n’a jamais fait partie d’un collectif ! Le collectif se démarque des manières habituelles de production car il suppose un autre partage du travail et, pour certains collectifs, un autre rapport au public, ce grand collectif. Quand un metteur en scène a un projet, il en est le seul maître d’œuvre, même si la troupe finit par former un collectif. Mais celui-ci est momentané. Les membres d’un collectif, au contraire, sont animés par l’envie de créer ensemble : le spectacle naît de cette envie et il n’appartient pas à un seul, mais à tous ceux qui le créent ensemble.
 
Pensez-vous que la création collective soit une réponse aux difficultés actuelles des artistes ?

E. C. : Il y a toujours eu des difficultés faites à ce métier ! Le collectif est avant tout un projet différent, une autre façon de créer et de vivre. Le collectif travaille en communauté et est porteur d’une énergie différente. Cela vaut-il mieux ? Je ne sais pas. Avec Adel Hakim, nous formons un binôme. D’autres créateurs préfèrent être solitaires. D’autres ont besoin du groupe. C’est comme dans la vie : comment savoir s’il faut mieux vivre seul, à deux ou en communauté ? Le vrai danger du collectif, c’est le délitement. Or, les trois compagnies que nous avons invitées ont vraiment pris un sens avec le temps, ils ont fait plusieurs spectacles ensemble. C’est cela, finalement, qui a aussi guidé notre choix : inviter des créateurs qui ont fait l’épreuve du temps et continuent de s’engager ensemble dans la création.

Propos recueillis par Catherine Robert

A propos de l'événement


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