La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -274-Théâtre national de Nice

Dream !, d’après Le Songe d’une nuit d’été, de Shakespeare, mis en scène par Irina Brook

Dream !, d’après Le Songe d’une nuit d’été, de Shakespeare, mis en scène par Irina Brook - Critique sortie Théâtre Nice Théâtre National de Nice
© Gaëlle Simon Irina Brook, metteure en scène et directrice du Théâtre national de Nice.

Roméo et Juliette / d’après Shakespeare / adaptation et mes Irina Brook
Entretien Irina Brook

Publié le 19 février 2019 - N° 274

En obstinée de la démocratisation culturelle, la directrice du TNN ouvre la scène au talent créatif des jeunes Azuréens et met en scène à l’occasion de cette cinquième édition de Shake Nice ! deux pièces du grand Will.

Quelle place le festival Shake Nice ! a-t-il acquis au fil des ans ?

Irina Brook : Je considère que le travail mené avec les jeunes autour de Shakespeare a été le plus mémorable et le plus important de ce que j’ai fait à Nice. Au centre de ce projet, il y a ce challenge shakespearien de Shakespeare freestyle !, durant lequel des groupes venus d’une douzaine d’établissements scolaires montent une version de moins de trente minutes d’une pièce de Shakespeare. La première année, tout le monde a choisi Roméo et Juliette. La deuxième année, sont arrivés Le Songe d’une nuit d’été et La Tempête. Le Songe est la première pièce que voient tous les petits Anglais, celle par laquelle ils s’approprient cet auteur avant d’en approfondir la connaissance à travers les grandes pièces historiques, moins immédiatement accessibles. Ce festival constitue le moment de l’année où existe le rêve d’un théâtre pour tous, avec la salle remplie par tous les parents : un moment vraiment exceptionnel avec des gens qui ne sont jamais allés, ne vont pas et n’iront peut-être plus jamais au théâtre…

« Ce festival constitue le moment de l’année où existe le rêve d’un théâtre pour tous. »

Comment l’œuvre de Shakespeare a-t-elle infusé à Nice ?

I. B. : Nous n’avons jamais eu les moyens pour créer vraiment un festival à la mesure de ce que je voulais faire, mais d’année en année, la partie pédagogique s’est améliorée, peaufinée. Avec l’Institut de Recherche sur la Renaissance, l’Age Classique et les Lumières de l’Université Paul-Valéry de Montpellier (seul institut qui s’occupe de recherche élisabéthaine en France), nous avons pu ajouter une partie théorique de grande qualité pour approfondir ensemble notre connaissance de Shakespeare. Les jeunes qui suivent le projet depuis trois ou quatre ans et qui ont vu toutes les pièces, posent désormais des questions de très haut niveau lorsqu’ils assistent à des représentations ou à des filages. Ces cinq ans d’efforts valent le coup pour ces conversations-là !

Pourquoi monter cette année Roméo et Juliette ?

I. B. : Parce que je me suis rendu compte que personne ne lisait les pièces ! Pas un enfant ne lit une pièce de Shakespeare du début à la fin. Ils lisent parfois quelques scènes ou voient le film avec Di Caprio, mais plus personne ne s’assied pour lire ! Je monte donc une version intégrale pour voir la pièce comme elle est écrite, pour des raisons d’abord utilitaires, dans une nécessité pédagogique et démocratique, même si, évidemment, une fois qu’on est lancé, il est impossible de ne pas aller jusqu’au bout de la création. Tout est dans le texte et je n’essaie pas d’en imposer une lecture conceptuelle. La pièce parle d’elle-même ! Il y est question de la profonde tendance humaine à détester son voisin. On a seulement besoin de jouer la pièce pour comprendre l’essence de tout conflit, de tout drame, qui fait qu’une petite dispute entre deux parents se transmet aux enfants et devient une guerre civile. Cette pièce n’est pas charmante, victorienne et romantique ! Elle parle de la haine et de ses raisons ignorées : personne ne dit jamais pourquoi Montaigu et Capulet se détestent… L’humain est ouvert à tout, prêt à une relation d’amour et d’amitié mais tout se ligue pour empoisonner cette possibilité : la société, les parents, la politique.

Pourquoi cette version courte du Songe d’une nuit d’été ?

I. B. : D’abord parce que c’est l’autre pièce que les jeunes travaillent souvent, et aussi parce que j’ai grandi avec cette pièce. Il fallait qu’avec les Eclaireurs (les jeunes comédiens formés à Nice), nous montions une pièce pédagogique. Que faire en une heure ? Le Songe, évidemment ! Cette pièce revient régulièrement pour me faire rêver, et quelque chose de très joli en est sorti, que nous avons joué dans les établissements scolaires, de manière très ludique, joyeuse, en faisant participer le public. Chaque fois que je n’en peux plus, que je ne veux plus faire de théâtre, Dream ! revient et je tombe à nouveau amoureuse du théâtre…

 

Propos recueillis par Catherine Robert

A propos de l'événement

Roméo et Juliette
du Mercredi 3 avril 2019 au Mercredi 10 avril 2019
Théâtre National de Nice
Centre Dramatique National, Promenade des Arts, 06300 Nice.

les 3, 6, 9 et 10 avril à 20h.


Dream !, le 12 avril à 18h et 20h30.


 


Théâtre national de Nice,


Centre Dramatique National, Promenade des Arts, 06300 Nice.


Du 23 mars au 13 avril 2019.


Tél : 04 93 13 79 60.


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