Faire quand même…
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Focus -246-Comédie de l’Est / Saison 2016~2017
Emmanuel Meirieu adapte à la scène Des Hommes en devenir, roman de l’écrivain américain Bruce Machart. Une suite de portraits d’hommes qui cherchent à éclairer « ce que nous sommes à l’ombre, dans nos pensées les plus secrètes ».
« Je voudrais que ce spectacle soit comme une vague de chaleur et d’humanité. »
Comme vos précédents spectacles, Des Hommes en devenir est l’adaptation d’un roman. Pourquoi privilégier ainsi les écritures non-théâtrales ?
Emmanuel Meirieu : La toute première émotion que je ressens à la lecture d’un texte est pour moi déterminante. C’est elle, d’ailleurs, que je voudrais transmettre à chaque représentation. Avec toujours la même intensité. Par leur densité et leur ampleur, les romans que j’adapte me donnent cette force vitale. Je n’ai pas encore su trouver cela dans une pièce de théâtre. Peut-être parce que l’histoire me touche plus que la langue, et que les écritures dramatiques se concentrent davantage sur la langue que sur l’histoire.
Que souhaitez-vous mettre en lumière à travers les cinq portraits d’hommes que vous faites émerger du roman de Bruce Machart ?
E. M. : Ils ont tous les cinq une douleur en partage : être hanté par un enfant, un ami, un amour disparus. Vincent a grandi sans père. Tom ne parle plus à son fils. Dean n’a plus touché une femme depuis un grave accident. Raymond doit faire le deuil d’un bébé mort-né. Tous ont éprouvé une perte irrémédiable et ressentent le manque comme une famine. Ces cinq hommes sortent du silence pour venir se raconter à nous. Je voudrais que ce spectacle soit comme une vague de chaleur et d’humanité. Que ces cinq témoignages portent en eux la même dimension de colère, de douleur et de courage que les personnages qui les délivrent.
Quel est l’idéal de théâtre auquel vous travaillez ?
E. M. : Je voudrais que les spectateurs oublient que ce que je fais est du théâtre. Que, dès les premiers mots prononcés, ils croient que celui qui parle est vraiment celui qui a vécu ce qui est raconté. Qu’ils croient que ces mots-là sont prononcés pour la première fois devant eux. Pour moi, tout est commandé par les nécessités de la narration, jamais par une recherche formelle ou stylistique. J’essaie de trouver la façon la plus simple de faire entendre la puissance de l’histoire. Tout en renforçant la présence réelle, physique, des personnages qui se trouvent devant vous.
Propos recueillis par Manuel Piolat Soleymat
Tél. : 03 89 24 31 78. Site : www.comedie-est.com
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