La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -181-onde

DENIS CHABROULLET

DENIS CHABROULLET - Critique sortie Théâtre

UNE AUTRE VISION DE L’OPERA

DIRECTEUR DU THEATRE DE LA MEZZANINE, DENIS CHABROULLET MET EN SCENE DIDON ET ENEE DE PURCELL. UNE PREMIERE INCURSION DANS LE REPERTOIRE LYRIQUE POUR CET HOMME DE THEATRE PARTICULIEREMENT ENGAGE.

« L’idée est d’entrer dans le décor de Didon et Enée comme dans un fantôme. » Denis Chabroullet
 
Quel rapport entretenez-vous avec le monde de l’opéra ?
Denis Chabroullet : Depuis trente ans, mon travail n’a que peu à voir avec le lyrique. La particularité de mes spectacles, c’est qu’ils sont sans paroles. Je me concentre particulièrement sur l’image et le son. J’utilise de la musique, notamment des sons du quotidien trafiqués, et effectivement parfois un peu d’opéra. C’est ma vie quotidienne qui est beaucoup plus liée à l’opéra, ma femme étant chanteuse lyrique !
 
Pourquoi avoir choisi Didon et Enée de Purcell pour votre première mise en scène d’opéra ?
D.C. : J’adore cet opéra et la musique baroque en général. On peut voir sous différents aspects cette histoire d’amour qui ne fonctionne pas. Il y a la lâcheté des hommes, mais peut-être aussi, à travers l’anéantissement de Carthage, une réflexion sur la disparition actuelle de l’Europe face à l’Asie et notamment la Chine. Il faut bien sûr faire attention, dans la mise en scène, à ne pas tomber dans le piège de la réactualisation et de la surenchère. On doit se souvenir que le seul maître, c’est Purcell. Pour autant, je ne vais évidemment pas faire quelque chose de réaliste ou de conservateur.
 
Quelle scénographie avez-vous imaginée?
D.C. : Je travaille depuis plusieurs années sur le motif de l’eau. Et dans Didon et Enée, c’est un élément très important, avec le port de Carthage, la Méditerranée. Le décor sera donc immergé dans l’eau. On y verra une usine désaffectée construite sur pilotis, évoquant l’image de la disparition de Carthage ou peut-être celle de la vieille Europe. L’idée est d’entrer dans le décor de Didon et Enée comme dans un fantôme. Au début du spectacle, j’ai d’ailleurs souhaité créer une image de mort, avec le corps d’Enée flottant au milieu de chandelles.
 
Pourquoi avez-vous choisi de mêler des comédiens aux chanteurs’
D.C. : Le couple de comédiens présents incarne le destin : ce sont eux qui décident de l’action. Ce travail n’est pas évident, car il faut notamment trouver dans la musique les moments où les comédiens peuvent se déplacer. Mais je crois que ce choix peut aussi apporter une autre vision de l’opéra. En faisant un Didon et Enée « différent », j’espère contribuer à populariser l’opéra. Depuis toujours, je pense que la création artistique est un début de solution pour réparer certaines injustices sociales. Je suis sûr qu’en écoutant la mort de Didon, un enfant des quartiers riches et un autre des banlieues ressentiraient des choses semblables.

Propos recueillis par Antoine Pecqueur


Vendredi 19 et samedi 20 novembre à 21h.

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