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Focus -280-La Mezzanine crée Orphée et Eurydice

Denis Chabroullet : Créer en marge des normes

Denis Chabroullet : Créer en marge des normes - Critique sortie Théâtre
Denis Chabroullet © mezzanine

Entretien

Publié le 25 septembre 2019 - N° 280

Après avoir monté son premier opéra, Didon et Énée de Purcell en 2010, Denis Chabroullet s’empare cette fois du célèbre Orphée et Eurydice de Gluck dans la version originelle de 1762.

Comment êtes-vous venu à l’opéra ?

Denis Chabroullet : J’ai commencé le théâtre avec des mots, en montant Brecht, Eduardo Manet… puis j’ai eu envie d’écrire mais cela ne me convenait pas. À cette époque [en 1979 où il fonde avec Sophie Charvet et Roselyne Bonnet des Tuves le Théâtre de la Mezzanine, ndlr], nous occupions une grange dans une ancienne ferme. Je m’y suis fait livrer des mètres cubes de sable, Roselyne a mis ses instruments de musique devant, moi j’y ai caché des objets, nous avons travaillé avec des comédiens, de la musique, des sons… et l’aventure a commencé ainsi. J’ai compris que le théâtre, ce n’était pas simplement du texte ou de la littérature. Le théâtre, c’est raconter une histoire, et on peut le faire avec ce qu’on veut : du chiffon, de la matière, des marionnettes, des poupées. Comme Roselyne est musicienne, chanteuse, arrangeuse, nous parlions beaucoup musique et je me suis mis doucement à écouter de l’opéra. Je pense que c’est une suite logique : la parole, le non-texte, les objets, et ensuite la voix et la musique.

Vous avez choisi la première version de l’Orphée de Gluck, celle de 1762 avec un happy end. Est-ce une métaphore de votre optimisme ?

D.Ch. : Pas du tout ! J’ai choisi cette version pour son côté italien et parce c’est la première mais je ne sais pas encore comment je vais traiter ce happy end avec lequel je suis en contradiction ! Ce qui m’intéresse dans Orphée, c’est l’enfer. Pour moi, l’enfer n’est pas au centre de la terre mais sur la terre. Il est autour de nous, tous les jours, quand nous nous déplaçons, quand nous lisons le journal…

« Ce qui m’intéresse dans Orphée, c’est l’enfer. »

Quelle scénographie avez-vous imaginée pour Orphée et Eurydice ?

D.Ch. : Mon idée était de monter un opéra pour des théâtres sans fosse d’orchestre, comme c’est souvent le cas en banlieue où nous travaillons par choix depuis 40 ans. Dans un de nos précédents spectacles, Eden Palace, un spectacle énorme avec une déambulation sur 400 m2 au sol, le spectateur finissait par déboucher dans un théâtre à l’italienne que nous avions construit. En pensant à Orphée, j’ai tout de suite repensé à ce théâtre. Nous l’avons donc remonté en le modifiant un peu. Comme on ne peut pas laisser les chanteurs confinés dans ce petit espace, j’ai imaginé autour des tréteaux, avec sur un côté une roue de bateau qu’on appelle dans le jargon théâtral la « mère de famille », et derrière ces tréteaux, une fosse. Les musiciens sont installés dans une fausse fosse !

 

Entretien réalisé par Isabelle Stibbe

A propos de l'événement

Denis Chabroullet : Créer en marge des normes


www.lesproductionsdelamezzanine.org


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