Danse - Critique

Flood

Flood de Daniel Linehan. Crédit : Laurent Philippe

Centre Georges Pompidou / Chor. Daniel Linehan

Star de la nouvelle génération, Daniel Linehan lie réflexion, plaisir et suspense dans des procédés surprenants pour dénoncer notre société du tout jetable.

Alors que nous vivons dans un temps où tout s’accélère, où les nouvelles technologies génèrent sans cesse de nouvelles mises à jour, nous sommes menacés par l’inondation (flood) d’informations, objets et logiciels, qui s’accumulent et deviennent tout aussi vite obsolètes. Dans cette société du tout à jeter, le sentiment de perte s’accentue tandis que nous sommes submergés par le flux permanent de nouveautés à posséder, consommer, utiliser. Daniel Linehan, chorégraphe américain né à Seattle et ancien étudiant de P.A.R.T.S, l’école d’Anne Teresa de Keersmaeker, a construit une chorégraphie rigoureuse pour traduire ce monde qui nous dépasse. À partir de mouvements vectorisés très rapides, d’éclats, de phrases chorégraphiques dont la vitesse augmente à chaque répétition, il nous fait vivre cette notion de perte, d’obsolescence inévitable au rythme des mouvements qui apparaissent, se réitèrent et disparaissent, comme emportés par un flot inexorable.

Au bord du monde

Plutôt drôle, utilisant une gestuelle souvent absurde, qui fait ressortir la vacuité même de toute activité, aussi dynamique soit-elle, Flood s’inscrit dans la veine saugrenue et dadaïste de dbddbb (double dada beaubeau), sa pièce précédente. Linehan continue sa recherche de gestes faussement expressifs, et surtout d’une vocalisation continue qui rythme le mouvement et engage les danseurs dans ce qu’ils ont de plus humain, à rebours d’une gestuelle volontiers robotique. Jouant d’entrées et de sorties, la chorégraphie joue sur la disparition. En révélant progressivement des détails inaperçus par la décélération, en estompant en douceur les quatre danseurs, le chorégraphe finit par mettre en scène l’effacement des individus devenus présence irréelle. La scénographie, à la fois simplissime, avec ses rideaux transparents érodés qui se superposent et ses jeux de lumière nuancés, nous entraîne dans un monde parallèle, qui n’est que « le souvenir fantomatique des mouvements qu’ils ont incarnés, et des relations qu’ils ont créées ensemble ».

Agnès Izrine

A propos de l'événement

Flood
du Mercredi 17 janvier 2018 au Samedi 20 janvier 2018
Centre Georges Pompidou avec le Théâtre de la Ville
Place Georges-Pompidou, 75004 Paris, France

à 20h30. Tél. : 01 44 78 12 33. Durée : 1h30. Spectacle vu et créé au Festival Montpellier Danse le 3 juillet 2017, Studio Bagouet


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