La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Exécuteur 14 d’Adel Hakim, musique de Mahut, mise en scène de Tatiana Vialle

Exécuteur 14 d’Adel Hakim, musique de Mahut, mise en scène de Tatiana Vialle - Critique sortie Théâtre Paris Théâtre du Rond-Point
Swann Arlaud dans Exécuteur 14. Crédit : Giovanni Cittadini Cesi

d’Adel Hakim / musique de Mahut / mes Tatiana Vialle

Publié le 2 octobre 2020 - N° 287

Swann Arlaud reprend Exécuteur 14, du regretté Adel Hakim, aboutissant ainsi un projet en demi-teinte qu’il porte avec conviction et que soutient avec beaucoup de force la musique composée et interprétée par Mahut.

Impossible d’oublier la présence fascinante de Jean-Quentin Châtelain, qui créa Exécuteur 14 il y a trente ans. Adel Hakim écrivit ce texte à la fin de la guerre du Liban, comme le bilan émétique des massacres déjà perpétrés et la prémonition de tous les conflits imbéciles et vains de la fin du XXème siècle, dont les protagonistes ressemblaient traits pour traits, bêtise pour bêtise et cruauté pour cruauté à ces Zélites et Adamites imaginaires. Swann Arlaud, que la découverte de cette interprétation a, de son propre aveu, conduit à faire du théâtre, ne pouvait que rompre avec cette proposition inaugurale et ne pas répéter la voix terrible qui semblait revenue des rives indécentes de l’horreur, et dont le chaos superbe fait encore trembler la mémoire de ceux qui l’ont entendue alors. L’allure juvénile de ce nouvel interprète donne une couleur inédite au texte et un air d’enfant-soldat à son personnage à peine remis des atrocités à la fois commises et subies. Swann Arlaud joue de son apparente fragilité et de sa souplesse féline, en une interprétation qui rénove la portée et le sens de la pièce.

Un réalisme émollient

La langue d’Exécuteur 14, empruntant des expressions et des mots à toute l’Europe, rajoute au caractère universel de la situation évoquée et suggère, par sa déstructuration sémantique, l’insensé et la folie de la guerre. Après le Liban vint la Yougoslavie, puis le Rwanda et tant d’autres terrains, où parlèrent les armes et faillit la fraternité. La musique de Mahut offre un magnifique écho à ces mots qui s’échappent comme un torrent furieux de la bouche de celui qui peine à dire l’épouvante de demeurer le dernier survivant de la cité au ciel ensanglanté. La musique suggère ce que le texte ne peut dire et le dialogue installé entre le comédien et le musicien est d’une grande beauté. Mahut n’illustre pas les répliques mais les complète, comme si seule la sensation pouvait surmonter l’irrationnel du récit. La réussite de cette belle alliance est cependant amoindrie par la scénographie réaliste et la mise en scène lourdement illustrative. Alors que le texte invente des personnages allégoriques, dont la force est de synthétiser tous les fanatismes, le décor multiplie les détails, qui  sont comme autant de scories ternissant l’éclat du brasier poétique. Restent néanmoins la force du propos, d’une cruelle actualité, et l’évidente sincérité de celui qui le porte.

Catherine Robert

A propos de l'événement

Exécuteur 14 d’Adel Hakim, musique de Mahut, mise en scène de Tatiana Vialle
du Mercredi 30 septembre 2020 au Vendredi 23 octobre 2020
Théâtre du Rond-Point
2bis, avenue Franklin D. Roosevelt, 75008 Paris

Du mardi au samedi à 20h30 ; dimanche à 15h ; relâche le lundi et le 4 octobre. Tél. : 01 44 95 98 21.


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