La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Jazz / Musiques - Entretien

Festival Didier Lockwood / Entretien Serge Malik

Festival Didier Lockwood / Entretien Serge Malik - Critique sortie Jazz / Musiques Paris Stade Bertrand Dauvin
© Philippe Levy-Stab

PARIS / SAINT-OUEN

Publié le 23 mai 2018 - N° 266

Le Festival Jazz Musette des Puces est orphelin. Suite à la disparition brutale en février dernier de son co-créateur Didier Lockwood, son alter-ego et complice de toujours Serge Malik assure l’édition 2018 pour rendre hommage à son ami, avant de passer la main. L’événement qui va rassembler des dizaines de musiciens de renom est rebaptisé Festival Didier Lockwood.

Une des choses qui frappent depuis la première édition du festival, c’est la gratuité de tous les concerts…

Serge Malik : On a toujours considéré avec Didier ce festival avant tout comme une action culturelle, au sens réel du terme : permettre à toutes les couches de la population d’accéder à une musique différente de celle qu’on leur bassine à la télévision aux heures de grande écoute. Dans une philosophie pas si éloignée de celle d’Antoine Vitez, celle d’être élitaire pour tous. En 2004, on s’est rendus aux Puces de Saint-Ouen ensemble et on s’est dit que c’était dommage que ce lieu perde son identité culturelle, une identité très forte. Le festival jazz musette des puces est né comme ça. Didier tenait beaucoup au terme de « Musette ».

Mais cette année le festival changera de nom pour prendre celui de Didier Lockwood, disparu brutalement en février dernier…

Serge Malik : Nous étions amis depuis 45 ans. On avait 17-18 ans quand on s’est rencontrés. Il y avait une fraternité entre nous. On se comprenait sans se parler. Et on a toujours totalement fonctionné en binôme pour le projet de ce festival. Mais depuis que je suis loin de lui, je suis loin de moi-même dans ce festival… J’étais la cheville ouvrière du festival et sans moi le festival n’existerait pas. Mais sans lui il n’aurait pas d’âme. Le festival change de nom et il va devenir plus mobile dans l’avenir. Mais ce sera sans moi. J’arrête après cette édition. Je suis amputé.

Impossible de citer tous les musiciens au programme de cette édition en hommage à Didier Lockwood…

Serge Malik : Tous les artistes qui monteront sur le plateau lors de cette édition sont des amis de Didier. Ils ont tous joué avec lui et ils viennent tous gratuitement. Pas de stars people mais la liste de ces musiciens est impressionnante. Et il y aura en plus des invités surprises de taille.

« Didier était actif, occupé par une espèce de mission, celle de donner et de partager. »

Quelle était à vos yeux l’importance de Didier Lockwood en tant que musicien ?

Serge Malik : C’est un transmetteur, un être baigné de lumière. Il a toujours donné une priorité à la pédagogie. On redécouvre parfois la dimension d’un artiste lorsqu’il disparaît. Il était actif, occupé par une espèce de mission, celle de donner et de partager. Il ne dépensait pas son énergie à calculer, à imaginer des plans de carrière et à communiquer. Il n’en avait pas le temps. Ce qu’il avait à faire, c’était jouer. Les artistes qui communiquent trop sont dans la compensation. Didier était capable de jouer dans une cour d’immeuble avec des amateurs pour le mariage d’un ami et le lendemain de se retrouver sur scène à New York avec Marcus Miller et Mike Stern. Au Festival des Puces, lors de notre emblématique « tournée des bars » il croisait l’archet avec des musiciens de profils très différents et parfois inattendus. A partir du moment où quelqu’un voulait s’exprimer, exister ou progresser au travers d’un instrument, il pensait que cette personne valait la peine d’être considérée. Il n’y avait jamais de cynisme ou de moquerie chez lui. C’est très rare chez un musicien de ce niveau. Son maître-mot était l’improvisation. Il ne jouait jamais sur la réserve. Il était « à fond » quel que soit le contexte et quels que soient les musiciens en face de lui : des enfants, des amateurs, une chanteuse de java, une star du jazz… Le grand guitariste Ninine Garcia m’a dit un jour la plus belle chose que j’ai entendue au sujet de Didier Lockwood : « Quand je joue avec lui, je joue mieux que moi-même. »

 

Propos recueillis par Jean-Luc Caradec

A propos de l'événement

Entretien Serge Malik / Didier Lockwood par son frère d’âme
du Vendredi 15 juin 2018 au Lundi 18 juin 2018
Stade Bertrand Dauvin
12, rue René Binet, 75018 PARIS

Concert exceptionnel : Stade Bertrand Dauvin Samedi 16 juin de 19h30 à 00h30. Entrée libre.


Grand concert avec entres autres artistes à l’affiche : Bireli Lagrene, Romane, Jean-Jacques Milteau, Sylvain Luc, Martin Taylor, D.L.G. (Didier Lockwood Group), Marcel Azzola, Marcel Campion, Yvan Le Bolloc'h, Les Rapetous, Loïc Pontieux, Linley Marthe, Jean Marie Ecay, Ninine Garcia…


x

Suivez-nous pour ne rien manquer sur le Jazz

Inscrivez-vous à la newsletter

x
La newsletter de la  Terrasse

Abonnez-vous à la newsletter

Recevez notre sélection d'articles sur le Jazz / les Musiques