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Jazz / Musiques - Entretien

Jean-Luc Ponty, retour en trio majeur

Jean-Luc Ponty, retour en trio majeur - Critique sortie Jazz / Musiques Coutances Salle Marcel Hélie
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COUTANCES / BOULOGNE-BILLANCOURT / JAZZ

Alors que certains s’acharnent à vouloir ralentir le temps, l’immense violoniste Jean-Luc Ponty qui semble avoir déjà vécu mille vies de musicien (de l’album « King Kong » en 1969 avec Frank Zappa à la collaboration récente avec Jon Anderson du groupe Yes) se plaît lui à en accélérer le cours. A bientôt 75 ans, en pleine forme violonistique, Jean-Luc Ponty se lance dans une tournée mondiale, à la tête d’un nouveau trio de choc composé du contrebassiste Kyle Eastwood et du guitariste Biréli Lagrène qui s’ouvre avec deux dates marquantes en France. Le 19 mai à Coutances, sur ses terres natales, à Jazz sous les pommiers, et le lendemain à la Seine musicale, la nouvelle salle parisienne de l’Île Seguin.

Comment est née cette nouvelle aventure en trio ?

Jean-Luc Ponty : Ce groupe représente curieusement pour moi une évolution d’un projet similaire que j’ai commencé il y a 20 ans environ aux Etats-Unis avec Al Di Meola et Stanley Clarke. C’était pour chacun de nous une rencontre en parallèle de nos activités avec nos groupes. Avec quelque chose de ponctuel, de temporaire, qui rendait l’expérience très spéciale. Après cette première aventure, Stanley et moi, qui vivions proches l’un de l’autre à Los Angeles, avons eu envie de remonter ce genre de trio en changeant de partenaire, tous les cinq ans environ. La dernière fois, c’était en 2012 au Châtelet lors d’un concert pour mes 50 ans de carrière. Cette fois-ci j’ai eu envie d‘inviter Biréli Lagrène. Cela a eu un tel impact qu’à la suite du concert on a enregistré un disque. Avec Biréli, nous avons gardé un souvenir musical très fort de ce concert. Nous avons eu envie de poursuivre le projet sur scène et comme Stanley n’était pas libre nous avons pensé à Kyle Eastwood.

Deux musiciens très différents pourtant…

J.-L. P. : Oui très différents, mais c’est ça qui est intéressant ! Kyle est peut-être moins expansif dans son jeu mais il a une vraie virtuosité et je le trouve très musical et profond. C’est un excellent musicien, avec déjà beaucoup de maturité. Cela a tout de suite bien marché entre nous. J’aime bien ce qu’il écrit aussi. Il est très jeune et il pourrait être mon fils. Mais un bon musicien est bon musicien dès sa naissance. Il m’a confié m’avoir vu dans sa jeunesse en concert à Los Angeles… (sourire)

Un tel projet est-il très différent d’un projet en leader ?

J.-L. P. : Le but ici est de se rencontrer entre musiciens qui ont développé leur style, leur son, leur personnalité musicale, qui ont un parcours derrière eux. Et de se rencontrer dans un contexte collectif qui n’a rien à voir avec la position de leader de son propre groupe où l’on prend toutes les décisions. Là, il se peut qu’on ne soit pas toujours d’accord mais quand il y a des affinités musicales, comme dans ce cas, c’est très stimulant et cela nous pousse à dépasser nos limites, à sortir de notre routine. Cela peut bousculer un peu et c’est très bien. C’est ce qui s’était déjà passé avec Biréli dans le premier trio…

« Le but ici est de se rencontrer entre musiciens qui ont développé leur style, leur son, leur personnalité musicale. »

 Parlez-nous de ce guitariste…

J.-L. P. : J’ai tout de suite été extrêmement impressionné par sa créativité et sa spontanéité. En plus, dès notre première rencontre, il s’est passé des choses étonnantes, de l’ordre d’une communication cérébrale spontanée qui me fait vraiment croire que la musique relève du champ métaphysique. Il nous arrivait de partir sur un morceau et de de changer d‘harmonie exactement au même moment. Ce n’est pas comme quand un des deux s’en va par là et que tout de suite l’autre réagit et le suit. Non, là il s’agissait d’autre chose : on décidait de la même chose exactement au même moment. C’est très curieux comme phénomène. Cela m’est rarement arrivé. Sauf quand j’ai joué pour la première fois avec George Duke dans les années 60… Bireli est connu à l’origine comme guitariste de jazz manouche mais il est aussi un très grand guitariste de jazz moderne. Il peut être très aventureux musicalement, et avec profondeur. Il y a toujours une émotion. Ce n’est jamais juste du calcul mental pour épater la galerie.

La première mondiale de ce nouveau trio aura lieu dans le cadre de Jazz sous les Pommiers, à Coutances. Une région que vous connaissez bien…

J.-L. P. : Oui, puisque je suis né à Avranches, à 50 kms. « J’irai revoir ma Normandie ! » (rires)… J’ai grandi dans cette région jusqu’à l’âge de 14 ans. A 15 ans je suis venu à paris pour faire mes études de violon classique au Conservatoire. J’ai commencé très tôt dans ma vie à me couper de ma région natale. Ensuite, j’ai vécu 15 ans à Paris. Et puis cela fait 43 ans que je suis en Californie ! C’est un énorme plaisir pour moi de retourner de temps en temps dans ma région. C’est un lien important. Dès ma jeunesse, j’étais sensible à sa beauté. C’est aussi là que s’est créé le lien avec la nature qui m’a suivi et souvent beaucoup inspiré comme compositeur.

 

Propos recueillis par Jean-Luc Caradec

A propos de l'événement

Entretien Jean-Luc Ponty Retour en trio
du Samedi 20 mai 2017 au Lundi 22 mai 2017
Salle Marcel Hélie
Rue de la Halle au Blé, 50200 Coutances, France

Salle Marcel Hélie (Jazz sous les pommiers). Rue de la Halle au Blé, 50200 Coutances. Samedi 20 mai à 22h15. Tél. 02 33 76 78 68. Places : 20 à 28 €.


La Seine Musicale, Ile Seguin, 92100 Boulogne-Billancourt. Lundi 22 mai à 20h30. Tél. 01 74 34 53 53.


Places : 25 à 45 €


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