La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Classique / Opéra - Entretien

Entretien Jean Guillou

Reprise du spectacle qui fit apparaître au grand jour une famille de cirque marginale et fort bien inspirée.

Publié le 10 mai 2007

Depuis 1963, Jean Guillou est l’organiste titulaire de l’église
Saint-Eustache de Paris. Pour autant, il ne faudrait pas limiter le musicien à
son seul rôle d’instrumentiste. En tant que compositeur, il a écrit de nombreux
concertos et symphonies. Et, pédagogue réputé, il livre des master classes à
Zürich depuis 1972. Enfin, l’auteur d’Orgue, souvenir et avenir (éditions
Buchet-Chastel) est à la tête du Festival d’orgue de Saint-Eustache, dont la
18ème édition se déroule ce mois-ci. Rencontre.

« La France ignore ce qu’est un orgue »

Cette année, le thème du Festival est la « Révolte des orgues ». Pourquoi
cette dénomination, qui est aussi celle de l’une de vos ?uvres ?

Jean Guillou : L’origine du mot révolte vient du latin revolvere,
qui signifie « consulter, échanger ». En italien, le terme a également donné le
« Risorgimento ». Il y a donc beaucoup de significations possibles à ce mot. Mon
?uvre éponyme, qui sera donnée en clôture du Festival, fait appel à neuf orgues
placés autour du public. Tous ces instruments doivent provoquer le
bouleversement de la sonorité habituelle de l’orgue « en bloc ». C’est donc une
révolte contre l’orgue traditionnel ! Et cette idée parcourt tout le Festival.

Quelle est la particularité de l’orgue de Saint-Eustache dont vous êtes le
titulaire ?

J.G. : En premier lieu, c’est le seul orgue en France que le musicien
joue « en bas », au milieu de la nef. Il est très important pour le public de
voir l’organiste jouer, et celui-ci peut aussi plus facilement interpréter des
?uvres en musique de chambre. Par ailleurs, Saint-Eustache reste l’orgue le plus
important en nombre de tuyaux. C’est l’exemple même d’un instrument du XXIe
siècle, pensé pour la musique actuelle mais pouvant également jouer Bach. Car il
arrive à la fois à développer des grandes masses sonores et à produire des
timbres très précis. Il faut rappeler que, si la façade de l’orgue date du XIXe
siècle, tout le reste est le fruit de la reconstruction complète de 1989.

Vous êtes à la fois organiste et compositeur. Comment conciliez-vous ces deux
activités ?

J.G. : Il n?y a finalement pas beaucoup d’organistes qui sont également
compositeurs. Ce n?est pas l’orgue qui m’a poussé vers la composition. J’étais
avant tout attiré par l’orchestre ? je traite d’ailleurs l’orgue comme un
instrument orchestral. Par ailleurs, le fait d’être compositeur me procure un
regard particulier sur l’?uvre que j’interprète. J’analyse toujours la partition
qui est devant moi comme si j’en étais le propre auteur.

Suite à la polémique autour de l’orgue de la Maison de Radio France, quel
regard portez-vous sur la situation de l’orgue en France ?

J.G. : Il faut se rappeler que toutes les salles parisiennes avaient à
l’origine un orgue : le Théâtre des Champs-Élysées, la Salle Pleyel, la Salle
Gaveau? Mais, aucune n?ayant senti le besoin de les entretenir, plus un seul
instrument n?est en usage aujourd’hui. La France ignore ce qu’est un orgue, ne
connaît pas son répertoire et l’associe seulement au Concerto de Poulenc
et à la Troisième symphonie de Saint-Saëns. Une symphonie que l’on ose
d’ailleurs jouer sur des orgues électroniques ! La situation est totalement
différente à l’étranger. Il y a des orgues dans toutes les salles d’Allemagne et
d’Angleterre. Par ailleurs, la facture d’orgue française n?est pas à sa
meilleure période.

Propos recueillis par Antoine Pecqueur

Festival d’orgue de Saint-Eustache. Du 15 mai au 19 juin. Site :

www.orgue-saint-eustache.com

A propos de l'événement



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